Patrick Battiston, respectabilité, efficacité, longévité !

Patrick affiche 56 sélections avec les Bleus

Patrick Battiston a connu en carrière riche en sélection.

56 sélections en Équipe de France « A » (et 3 buts) entre 1977 et 1989, ça peut paraître « moyen » de nos jours, en termes de statistiques. Mais à l’époque, dans un football qui n’offrait pas autant de compétitions, et donc de matches, ce nombre de caps représentait beaucoup. Certes, on est loin des records établis par ses successeurs au(x) poste(s) tels que Laurent Blanc (97/16 buts), Bixente Lizarazu (97/2), Marcel Desailly (116/3) ou Lilian Thuram (142/2), par exemple, mais c’est somme toute très honorable. Car, pour comparaison, son copain chez les Bleus et les Marines, Marius Trésor, a été le recordman des sélections de 1983 à 1990 (65/4). Leur compère Manuel Amoros (82/1), l’a été à son tour, de 1992 à 1999 (et a dépassé celui de Trésor)… 

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Par conséquent, résumer sa carrière internationale par de simples comparatifs comptables serait réducteur. Tout comme s’en tenir à cette spectaculaire et dramatique sortie sur civière, ce fameux 8 juillet 1982, lors de la demi-finale d’un Mondial espagnol autant passionnant que controversé, qui met en opposition deux types de football, deux styles et deux mentalités différents. 

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Ainsi, les Tricolores affrontent la redoutable équipe de République Fédérale d’Allemagne (de l’Ouest), dans un duel shakespearien qui hante encore les mémoires aujourd’hui. Sur la pelouse du Stade Ramón Sánchez Pizjuán de Séville, les joueurs de Michel Hidalgo sont au coude à coude avec ceux de Jupp Derwall (1-1), lorsque Patrick Battiston fait son apparition sur le terrain. Positionné en milieu de terrain à la 50e minute de jeu, il est lancé en profondeur vers le but adverse quelques instants plus tard, lorsqu’il est aussi soudainement que violemment agressé par le portier germanique, Harald Schumacher, sorti comme un boulet de canon à sa rencontre ! Véritable collision de kamikaze, celle-ci ne laisse aucune chance au Stéphanois qui, percuté au visage, gît inconscient sur le terrain. À cet instant précis, on le croit mort. Il sera évacué, commotionné, immobile, accompagné et tenu par la main par son ami, Michel Platini. Pour des images insolites et effrayantes qui tournent encore en boucle sur internet… Et pour l’anecdote, le ballon venait de filer vers la cage désertée et terminer sa course en sortie de but, à une poignée de centimètres du poteau…

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Pas de but, donc, pas de penalty, pas d’exclusion, non plus, pour l’auteur de cet attentat qui coutera probablement le gain du match aux Platini, Trésor, Tigana, Giresse, Lacombe et autres valeureux combattants de l’union sacrée…

Une injustice notoire

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Mais l’intéressé, plus de trente ans plus tard (en 2012), préfère – avec la classe qui le caractérise – retenir autre chose. « Déjà, c’était une bonne surprise d’être là, en demi-finale. On aborde ce match sans pression particulière, mais en sachant que ça reste toujours une demi-finale contre une équipe qui a gagné la Coupe du Monde 1974 et réalisé des championnats d’Europe de qualité… Un gros adversaire ! Je savais que je n’avais aucune chance d’être titulaire et c’était même une belle surprise que de me retrouver sur le banc de touche. Disons que pour le reste, cela ne m’a pas traumatisé ! Ça fait partie de ma vie de sportif, mais je suis passé assez vite à  autre chose, et heureusement ! (…) Sur les faits, j’ai ma petite idée, parce que je pense que ce n’est pas gratuit. Mais pour le reste, on ne peut pas déterminer ce qu’il y a dans la tête des gens à l’instant précis… et ce serait analyser les choses sans résultat. Donc, il faut passer à autre chose. Mais il suffit de revoir l’action pour savoir exactement ce qu’il en est… (…) Mais comme nous avons perdu, les gens ont ressenti ça comme de la frustration et une injustice notoire et flagrante. Je sais qu’il y a eu une assimilation (avec la guerre de 1939-1945, NDLR) qui a largement dépassé le cadre du football. Soit une interprétation assez violente… mais il faut savoir raison garder. Cependant, il est vrai que pendant un certain temps, il y a eu des réactions assez hostiles envers les Allemands. De mon côté, j’ai l’ai revu (Harald Schumacher, NDLR) ; il fallait le faire… Pour être tranquille, il le fallait ! »

Injuste, immonde, inacceptable, ce douloureux épisode se traduit alors par un non moins douloureux épilogue pour les Français, en fin de prolongation (3-3) : la séance de tirs au but. Elle leur sera fatidique (5-4). Fin de l’histoire, début d’une polémique… Mais sportivement parlant, tandis que le futur bordelais se soigne, les siens sont défaits deux jours après par la Pologne (3-2), en match de classement. 4e, ce sera le classement final d’une génération qui n’a pas encore dit son dernier mot…

Une noblesse rarissime dans le milieu

L’Allemagne (qui avait déjà remporté la Coupe du Monde en 1954 et 1974 et deux Euros en 1972 et 1980) n’avait intrinsèquement pas besoin de l’aide de l’arbitre, Charles Corver (Pays-Bas), pour vaincre, loin s’en faut. Toutefois, elle s’inclinera en finale face à l’Italie (3-1)…

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L’Équipe de France, elle, a par la suite prouvé, avec Patrick Battiston dans ses rangs défensifs, qu’elle avait d’autres arguments que la rancune et la haine que ces débats ont provoquées, à faire valoir… Ainsi, c’est l’Euro 1984, disputé en France – mais qui ne passera pas par le Stade Municipal/Parc Lescure, jugé obsolète par les instances mondiales – qui la couronnera championne d’Europe pour la première fois, avec une victoire en finale face à l’Espagne (2-0), et un geste incroyable de la part du Bordelais. À la 72e minute (et à 1-0), ce dernier demande à sortir du terrain, indiquant une blessure à Michel Hidalgo. Remplacé par Manuel Amoros, il déclare dans la foulée à son entraîneur qu’il n’avait, en fait, rien du tout ! Que c’était simplement pour permettre au défenseur monégasque de jouer, lui qui avait été exclu face au Danemark (1-0) lors du premier match de compétition, et mis sur le banc de touche ensuite… Ceci reflétant à merveille ce qu’a été ce joueur exceptionnel, dont le style élégant, la polyvalence, la correction, la densité athlétique, l’efficacité défensive, la force de frappe offensive et l’altruisme, sont des marques de noblesse. Celles qui lui collent encore plus à la peau que le fameux sparadrap de Séville…

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La Coupe du Monde 1986, au Mexique, sera sa dernière compétition majeure, et il participera aux sept rencontres des Bleus (avec les Bordelais Tusseau, Giresse, Tigana, et autres futurs Bordelais, Jean-Marc Ferreri et Philippe Vercruysse). Lesquels s’inclineront une nouvelle fois en demi-finale, face à la R.F.A. (2-0). Mais cette fois-ci, logiquement… avant de remporter le match de classement, face à la Belgique (4-2), et de terminer 3e.

Entre sa première sélection, le 23 février 1977 (face à la R.F.A. en amical, à Paris/1-0) et sa dernière, le 29 avril 1989 (face à la Yougoslavie, lors des qualifications de la Coupe du Monde 1990, à Paris/0-0), soit plus de douze ans au très haut niveau (sans oublier une participation aux Jeux Olympiques de Montréal, en 1976), Patrick Battiston a beaucoup donné pour son pays. Fièrement et professionnellement honoré le maillot frappé du coq, également, écrivant à l’encre de ses prestations, et de son sang versé, d’illustres pages d’un livre d’or que l’on consulte toujours avec passion et émotion. Son sens du devoir, de l’honneur, la transmission de valeurs fortes et le souvenir de son brio de footballeur ont fait que ce joueur, autant que cet homme, ont atteint un degré de respectabilité que nul ne conteste dans le milieu, et qui est loué par les différentes générations qu’il a encadrées. Y compris celles nées au XXI e siècle…

 

Le palmarès de Patrick Battiston

Avec les Girondins de Bordeaux :

Champion de France 1984, 1985 et 1987.
Vice-champion de France 1990.
Vainqueur de la Coupe de France 1986 et 1987.
Vainqueur du Trophée des Champions 1987.
Demi-finaliste de la Coupe des Clubs Champions Européens (Ligue des Champions) en 1985, et de la Coupe des Vainqueurs de Coupe (C2/Europa League, aujourd’hui) en 1987.

Avec l'équipe de France :

Vainqueur du Championnat d'Europe des Nations 1984.
3ème de la Coupe du Monde 1986.
4ème de la Coupe du Monde 1982.
 56 sélections, 3 buts, entre 1977 et 1989.