Patrick Battiston, le « bon choix »

Un défenseur bordelais de légende

Dans l’histoire du football français, et dans un autre plus international, Patrick Battiston occupe une place à part.

D’abord parce qu’il aura été durant toute sa carrière de footballeur, d’entraîneur et de dirigeant, un joueur autant qu’un homme exemplaire, puis parce que ce noble serviteur de la cause est multi-titré (en clubs et sélection nationale). Enfin, parce qu’il a, bien involontairement aussi, fait la Une de toutes les gazettes, des télés et des émissions-radio du monde. C’était il y a longtemps, dans un football alléchant, rude mais respectable, lequel n’avait pas grand-chose à voir avec celui pratiqué aujourd’hui à très haut niveau. Dans une époque qui a grandement marqué les esprits…

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Personne n’est insensible

Patrick Battiston, c’est l’art (de défendre), la manière (de se comporter), le talent et la classe. Internationale, on l’a dit. Mais avant tout, c’est un formidable joueur que les Girondins de Bordeaux ont eu l’intelligence de signer dans leur écurie, au début des années 1980. Un club qui, sous l’impulsion de Claude Bez, son président, et de sa dynamique cellule dirigeante, commence à faire parler de lui, tant dans l’Hexagone que sur la scène européenne. Ambitieux, malicieux, il se structure et devient rapidement victorieux. Séduisant, de fait, également. Depuis que le boss moustachu a repris le flambeau, sa formation parvient à casser la routine des années 1970, durant laquelle les Marine et Blanc ne font mieux que la 10e place qu’une seule fois (5es, en 1970-1971) ! Flirtant, même, avec une relégation en D2, qui sera évitée justesse (16es) en 1977-1978)…

Patrick Battiston (83-91) - 26 sel - 1983

Mais cette fois-ci c’est différent, et les perspectives de succès et de lendemains enchanteurs sont réelles. Si bien qu’à force de finir sur le podium, ou juste au pied, la tentation de migration devient grande, pour les vedettes de l’époque qui ne jouent pas – encore – à Bordeaux. 

En 1982-1983, c’est une magnifique deuxième place (derrière l’intouchable F.C. Nantes) qui sanctionne la saison, quand la bande d’Aimé Jacquet et d’Alain Giresse montre les crocs, ceux inhérents à l’appétit des grands. Certes, elle termine son parcours européen en huitième de finale de la Coupe de l’UEFA (C3/ Europa League, aujourd’hui), mais elle a fait parler d’elle, au prix d’exploits sportifs retentissants dans la compétition. Battiston n’y est évidemment pas insensible… 

Déjà « approché » et entouré par ses copains bordelais – René Girard, Alain Giresse, Bernard Lacombe, Jean Amadou Tigana, Marius Trésor et Gérard Soler – après le valeureux, douloureux et épique Mondial effectué avec l’Équipe de France en Espagne, à l’été 1982 (voir « Équipe de France-Patrick Battiston, Respectabilité, efficacité, longévité ! »), il décide de rester une saison de plus dans ce qui demeure l’une des deux meilleures formations du pays, avec celle des « Canaris » : l’A.S. Saint-Étienne. Michel Platini, son grand ami, en est parti pour rejoindre la prestigieuse Juventus Turin F.C., mais lui opte pour une pige supplémentaire (car sous contrat) au sein d’un onze qu’il a rejoint en 1980, après sept saisons passées au F.C. Metz. C’est donc en 1983-1984 que l’aventure commence ici…

Précoce polyvalent, efficace

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On connaît les qualités de jeu de ce remarquable et athlétique footballeur (1,82 mètres et 77 kilos), sélectionné pour la première fois en Équipe de France « A » en 1977, à 19 ans. Alors précoce dans le milieu, mais expérimenté dans le style, il évolue au poste de défenseur latéral. Droit, ou gauche, c’est selon, même s’il est droitier ! Pourtant, on le sait déjà, il a des prédispositions et le bagage requis pour jouer défenseur central. L’homme, bon gré mal gré, s’adapte et sa polyvalence est louée. Champion de France en 1981, vice-champion en 1982 et double finaliste de la Coupe de France en 1981 et 1982 avec les Verts, une fois le grand bond effectué dans le Sud-Ouest, il ne sait pas dans quelle zone de terrain il va évoluer… « J’ai été contacté par Bordeaux, mais c’était pour jouer arrière latéral gauche. À Saint-Étienne, j’avais fait toute la saison au poste de libero, mais là, il y avait Marius Trésor ! C’était difficile car je me voyais mal prendre sa place ou celle de Léonard Specht… Disons que ce n’était pas vraiment mon poste... pourtant Bordeaux a insisté et j’ai donné mon accord », nous confie-t-il quelques décennies plus tard. Et tout s’enchaîne… « J’ai joué une fois à gauche, puis je suis passé à droite et assez rapidement dans l’axe parce que, malheureusement, Marius était blessé… J’y suis resté, dans la mesure où il l’était assez durement, et j’ai fait cette succession… Tandis qu’au départ c’était compliqué pour moi de venir à Bordeaux, j’y suis encore aujourd’hui ! » Car près de 35 ans après, « Baptiste » est toujours là, en place, mais dans un registre totalement différent…

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Champion… deux fois !

Sa première, il la savoure, titulaire et dans le confort du résultat, face au Stade Rennais, dans son nouveau « chez lui », au Stade Municipal, le 20 juillet 1983. La victoire est nette : 4-1 ! Et ce jour-là, comme rassérénés, deux des quatre défenseurs bordelais marquent (Marius Trésor et Thierry Tusseau, en plus de Bernard Lacombe et Hassan Hanini), pour une réalisation adverse de Yannick Stopyra, avant-centre de talent avec lequel il évoluera une saison ici (1989-1990), et avec lequel il collaborera aussi dans l’encadrement technique du club, à partir de 2012…

Adopté par le public de Lescure, il est sacré champion de France lors de sa première saison, avec 36 matches disputés sur 38. Quelle coïncidence ! Au milieu des Delachet, Ruffier, Thouvenel, Tusseau, Specht, Trésor, (Raymond) Domenech, Rohr, Girard, Martinez, Memering, Giresse, Tigana, Lacombe, Müller, Hanini, Zénier et consorts, il dispute l’Europe, mais échoue dès l’entrée en lice, face au F.C. Lokomotive Leipzig (C3). Un coup d’arrêt ? Pas vraiment, puisque la saison suivante, Bordeaux joue une demi-finale de la Coupe des Clubs Champions Européens (C1/Ligue des Champions, aujourd’hui), face à la Juventus de « Platoche », dans laquelle le libéro inscrit un but d’anthologie de près de trente mètres, lors de la manche retour, à Lescure ! Mais, malgré un espoir légitime de qualification, d’une splendide prestation collective et d’une victoire à suspense – passée depuis à la postérité – (2-0), les Girondins sont éliminés (après un 3-0 initial). Qu’à cela ne tienne, ils sont de nouveau champions de France en fin d’exercice ! « Pour différentes raisons je suis parti de Saint-Étienne… pour voir autre chose. J’avais fait le bon choix en venant à Bordeaux, ou Bordeaux avait fait le bon choix en me prenant… On va dire ça comme ça ! », précise l’intéressé aujourd’hui, pour un constat criant de vérité. 

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Un grand parmi les grands

255 matches sous les couleurs marines et blanches (dont 24 en Coupes d’Europe), 14 buts (dont 11 à domicile), toutes compétitions confondues, en deux passages au club : c’est respectable. Car le Lorrain a évolué ici de 1983 à 1987 et de 1989 à 1991, pour un intermède à l’A.S. Monaco, où il goûte deux saisons de succès et d’estime ; en fin de première, il ajoute au veston une nouvelle médaille de champion de France, en terminant juste devant Bordeaux et, au terme de la suivante, c’est une troisième place fort honorable en D1, ainsi qu’une défaite en finale de Coupe de France, face à l’Olympique de Marseille (4-3). Mais au final, il a aussi glané, avec les Girondins, 2 Coupes de France (1986 et 1987) – même s’il n’a disputé qu’une seule rencontre en 1986-1987 – et participé à une nouvelle demi-finale de Coupe d’Europe (Coupe des Vainqueurs de Coupe/C2, devenue C3 aujourd’hui), en 1987 ; perdue face au F.C. Lokomotive Leipzig qu’il connaît bien… 

Mais, en dépit d’une place de vice-champion de France en 1990 (devant Monaco !), le garçon peut se targuer d’avoir désormais l’un des plus beaux palmarès du football français, et d’être l’un des trois seuls joueurs (avec Bernard Gardon et Alain Roche) à avoir été sacrés en D1 avec trois clubs différents (5 fois, au total) !

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Et s’il a évolué avec de très grands éléments offensifs qui lui ont permis de signer de probants succès, autant que d’écrire de magnifiques lignes sur sa carte de visite, Patrick Battiston, acteur majeur de la glorieuse histoire du club, a également contribué à asseoir et imposer une défense de fer, qui avait besoin de solidité depuis la reprise en mains par l’équipe dirigeante. Ainsi, au cours de ses six saisons passées en Gironde, et aux côtés des Delachet, Tusseau, Trésor, Domenech, Specht, Thouvenel, Dropsy, Bell, Lizarazu, Sénac, Dogon, Ayache, Rohr, (Zoran) Vujović, Girard ou Tigana, notamment, il a sans conteste incarné la défense « à la bordelaise » – citée en référence à l’époque –, mais aussi constitué de redoutables paires de défenseurs axiaux, et fait partie d’efficaces quatuors défensifs. 

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Incontournable du onze de départ et des systèmes de jeu mis successivement en place par Aimé Jacquet, Raymond Goethals, Gernot Rohr ou Gérard Gili, il a apporté sa classe, sa vison du jeu, sa technique, son sens de l’anticipation et du tacle « propre », sa rigueur tactique et défensive et, surtout, sa riche expérience, faite aussi de conseil et de pédagogie. Des qualités qui ont largement servi à faire éclore des talents à ses côtés, mais aussi dans sa carrière de formateur. Rarement blessé, professionnel à souhait (une carrière de joueur en club de 1973 à 1991, pour 678 matches et 45 buts, toutes compétitions confondues), il a longtemps été le pilier d’une arrière-garde marine que les amoureux du club n’ont pas oublié. Pilier, il l’est également dans sa fonction de Directeur de centre de formation, au Haillan, où il coache encore en 2017 l’équipe réserve (CFA 2, devenu National 3), après avoir officié en qualité de directeur du marketing, directeur sportif des jeunes, entraîneur des réserves « B » et « C » – y compris en Division d’Honneur –, et des Moins de 17 ans ; reconversion réussie ! Cet homme, gentil, disponible, compétent, capé et respecté, est une légende vivante d’un club qui n’hésite pas à faire confiance à ses anciens joueurs, pour construire son avenir.

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Découvrez le parcours de Patrick Battiston en équipe de France

 

Le palmarès de Patrick Battiston

Avec les Girondins de Bordeaux :

Champion de France 1984, 1985 et 1987.
Vice-champion de France 1990.
Vainqueur de la Coupe de France 1986 et 1987.
Vainqueur du Trophée des Champions 1987.
Demi-finaliste de la Coupe des Clubs Champions Européens (Ligue des Champions) en 1985, et de la Coupe des Vainqueurs de Coupe (C2/Europa League, aujourd’hui) en 1987.

Avec l'équipe de France :

Vainqueur du Championnat d'Europe des Nations 1984.
3ème de la Coupe du Monde 1986.
4ème de la Coupe du Monde 1982.
 56 sélections, 3 buts, entre 1977 et 1989.