Tigana – « J’ai retrouvé les potes »

L’entraîneur des Girondins vous répond

jeudi 09 septembre 2010 - 15h04
La 3ème partie de l'Interview Interactive du coach

Jean Tigana répond aux supporters bordelais dans l’Interview Interactive. Dans cette 3ème partie, le coach bordelais revient sur ses différentes expériences d’entraîneur en Europe. Il explique avoir retrouvé Bordeaux et son club comme s’il les avait laissés hier et se réjouit de retrouver ses anciens coéquipiers. Jean parle enfin de la demi-finale de l’Euro 1984 mais aussi de la trace qu’il veut laisser en tant qu’entraîneur aux Girondins de Bordeaux.

Comment avez-vous trouvé l'accueil des Girondins lors de votre arrivée ? De Sandy

Jean Tigana : Très cool. J’avais l’impression d’avoir quitté la maison 6 mois avant. Je me suis installé et j’ai retrouvé les potes avec lesquels j’ai joué. Les gens sont simples, comme à l’époque où j’étais joueur. Rien n’a changé à part moi. J’ai vieilli et pris quelques cheveux gris (rires, NDLR).


Quelles différences pouvez-vous noter dans les différents championnats que vous avez fréquentés en tant qu'entraineur (en termes d'organisation, de jeu ou de responsabilité de l'entraîneur) ? De Christophe

Jean Tigana : Lyon était mon 1er club. Nous étions dans une situation similaire à celle des Girondins actuellement. Nous n’avions pas beaucoup de moyens, il fallait faire avec les jeunes et nous avons eu une réussite fantastique. Monaco avait de grosses structures au niveau de la formation. C’était très bien organisé. J’avais une complicité énorme avec le Président (Jean-Louis Campora, NDLR) et nous sommes d’ailleurs devenus amis.

Jean Tigana : Fulham, c’était très différent. Il fallait construire un club. Il n’était pas monté en 1ère division depuis 35 ou 39 ans lorsque je suis arrivé. Il fallait tout refaire avec un Président très médiatique, qui est une figure en Angleterre (Mohamed Al-Fayed, homme d’affaires au Royaume-Uni, propriétaire d’Harrods, NDLR). Il fallait donc monter en Premier League et tout structurer. C’était un chantier énorme. Il a fallu tout changer, à tous niveaux, que ce soit dans le secteur médical, dans l’administratif, au niveau de la formation. L’avantage, c’est que le manager a plus de pouvoirs en Angleterre. Il gère le budget du Club. Je me suis éclaté. Nous sommes montés la 1ère année. Nous avons disputé la demi-finale de la Cup. Ce n’était arrivé qu’une fois dans l’histoire du Club. Surtout, nous nous sommes qualifiés pour la Coupe d’Europe. Ce n’était jamais arrivé avant. Au bout de 3 ans, j’ai arrêté car j’étais fatigué. Je ne voulais plus travailler dans ce contexte. Les structures sont restées et cela me fait plaisir. 8 ans après la 1ère qualification européenne, le club est allé en finale de l’Europa League (la saison dernière, défaite face à l’Atletico Madrid 2-1 après prolongation, NDLR). Je trouve cela magique. Cela veut dire que les fondations étaient bonnes.

Jean Tigana : La Turquie, c’est spécial. Il y a le feu tous les jours et des histoires… Il y a tellement de quotidiens, tellement de télévisions. La pression est énorme. Lorsque vous perdez un match, vous pouvez rester plusieurs jours sans vous entraîner pour laisser retomber la pression extérieure. Cela reste une superbe expérience avec des gens fantastiques et très professionnels. Il y a une grande organisation, des installations magnifiques que l’on ne voit pas ailleurs. C’est un pays de football.

 


Êtes-vous resté sensible aux résultats des clubs que vous avez entraînés ? De Boris

Jean Tigana : Oui, je les suis. Je ne suis pas imprégné. Je prends beaucoup de recul, je ne me remontre jamais. Je prends de la distance mais je reste attentif aux résultats des clubs. En Turquie, j’avais opéré de la même façon que dans les autres clubs en installant les jeunes. C’était une révolution. Tous les anciens étaient partis. Nous avons gagné 2 Coupes de Turquie et une SuperCoupe. La 2ème année, nous terminons 2ème et j’ai choisi de partir. Un an et demi après, Besiktas a fait le doublé Coupe-Championnat avec les jeunes que j’avais fait venir comme Bobo. C’est une réussite parce que j’avais installé de bonnes fondations. Ce qui m’intéresse surtout, c’est ce que je laisse. Les jeunes que j’installe. A Fulham, j’avais fait venir Louis Saha. J’avais pris Sean Davies chez les jeunes, Zat Knight. Fulham les a tous vendus après mais j’ai laissé un potentiel. C’est ce qui m’intéresse.


On dit souvent que le championnat français est inférieur aux autres grandes nations européennes, qu'en pensez-vous ? De Christophe

Jean Tigana : C’est normal si les autres prennent tous les meilleurs joueurs. Déjà, les championnats étrangers recrutent tous les meilleurs français. S’ils étaient tous en France, nous aurions un championnat de même niveau que l’Angleterre, l’Espagne ou l’Allemagne. Une grande majorité de nos internationaux sont à l’étranger. Il est logique que ces championnats soient meilleurs que le notre. Si ceux qui sont en sélection en ce moment flambent cette année, ils partiront également.


Pourquoi ne pas avoir recruté un « vrai » arrière droit qui pourrait soulager Chalmé lors de certains matches ou le remplacer en cas de blessure ? D’Eric

Jean Tigana : Encore une fois, c’est une question de moyens. Nous avions des priorités. Nous n’avons pas investi car nous n’avions pas les moyens d’investir. J’aurais aimé doubler tous, les postes avec les joueurs que je souhaitais mais mon Président n’était pas d’accord (rires, NDLR). De plus, il ne faut pas faire n’importe quoi.


Vous êtes aujourd’hui l’entraîneur principal de Bordeaux et vos anciens coéquipiers Battiston et Trésor s’occupent de la réserve. Est-ce une émotion particulière ? Est-ce que cela facilite les échanges entre les deux équipes ? De Juju

Jean Tigana : Oui, cela facilite les échanges. Nous discutons. J’essaye de déjeuner une fois par semaine avec eux, au minimum. Je passe également les voir à l’entraînement. Je suis en contact permanent avec eux afin de savoir comment les aider au niveau du recrutement et de la formation. C’est cela le plus important. Il s’agit de l’avenir du Club. Je ne le fais pas pour moi mais pour le prochain entraîneur. Il faut le préparer maintenant. Il y a une bonne complicité entre nous. Je vais leur apporter mon expérience en leur indiquant notamment les façons de travailler dans d’autres clubs.


L’équipe réserve est descendue la saison passée. Pour vous, est-il important de voir cette équipe remonter rapidement en CFA ? De Tony

Jean Tigana : Bien sûr. C’est important pour tout le monde. Il faut jouer un cran au-dessus. C’est important.


Qu’avez-vous ressenti en juin 1984 lors de la demi-finale de l’Euro au Stade Vélodrome, en donnant la passe décisive à Michel Platini ? De Cyril

Jean Tigana : Avec le recul, j’ai l’impression de n’avoir fait qu’un match (rires, NDLR). Tout le monde me parle de cela. En plus, c’était un 23 juin, le jour de mon anniversaire. C’était un moment magique, dans la ville où j’ai grandi, où j’avais tous mes amis. Tout était réuni. Personnellement, j’ai préféré la finale. Pour la 1ère fois, une équipe française gagnait une grande compétition. Moi qui suis plutôt réservé, j’ai pris la Coupe et je suis parti tout seul. J’ai un peu pété les plombs. Quand je me suis revu sur les images à la fin du match, je ne me reconnaissais pas tellement j’étais heureux. J’ai préféré cette finale car nous avons levé le trophée.

 


Regrettez-vous de ne jamais avoir joué dans un club étranger ? De Julie

Jean Tigana : Non parce qu’à l’époque, Claude Bez ne voulait pas (sourire). Barcelone m’avait contacté. La Juventus également. La seule fois où il m’a ouvert la porte, c’était pour rejoindre Tottenham. J’avais préféré rester à Bordeaux. Cela ne m’a pas manqué. J’avais tout ici : une grosse équipe avec laquelle nous jouions tous les ans le titre, la Coupe d’Europe. Je n’ai jamais été un mercenaire. Les conditions étaient réunies. Quand je suis bien quelque part, j’y reste !
 

 

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