Jean Tigana s’est prêté pour la 1ère fois depuis sa prise de fonction à l’Interview Interactive. Dans la 1ère partie, le coach bordelais parle du système de jeu, du transfert de Yoann Gourcuff ou encore de son émotion lors de son retour à Bordeaux. Il évoque également les 2 demi-finales de Coupe du Monde perdue face à l’Allemagne (1982 et 1986) sans oublier celle des Girondins face à Leipzig en 1987. Une 1ère partie à découvrir en exclusivité sur girondins.com
Que voulez-vous accomplir avec cette équipe bordelaise ? De Chloé
Jean Tigana : Le 1er objectif est de faire mieux que la saison dernière. Il faut gagner quelque chose.
Bonjour M. Tigana, pourquoi le jeu et le système utilisé pour les matches de préparation ne s’est pas montré efficace lors des matches de championnat ? Est-ce une question de mental ou de physique ? De Sébastien
Jean Tigana : Pas du tout. Lors des matches amicaux, nous avions certains joueurs qui ne pouvaient pas être présents en début de championnat. Ils étaient suspendus. Nous n’avions pas les mêmes hommes, tout simplement.
Comment avez-vous vécu ces 2 premières défaites avec Bordeaux ? D’Anaïs
Jean Tigana : Mal. Pour la 1ère défaite, c’était moins le cas mais j’ai mal vécu la 2ème défaite face à Toulouse. Nous étions très handicapés avec 4 suspendus et un blessé pour débuter cette nouvelle année. Il y avait aussi des incertitudes. Certains joueurs n’étaient pas prêts dans leur tête pour rester à Bordeaux. Ceux-là étaient indécis sur leur situation, leur avenir. Cela a compliqué le début de saison. De plus, nos absents étaient tous dans le même secteur de jeu et la défense est un secteur important.
D'après vous, quel joueur peut représenter l'atout déterminant dans l'animation offensive des Girondins par ses qualités ? De Jean-Michel
Jean Tigana : J’attends que chaque joueur apporte un plus. Il faut que je retrouve le Wendel de la saison dernière. Les nouveaux doivent également nous apporter leurs qualités. Je ne m’appuie pas uniquement sur un homme. Si c’était le cas, tout le monde serait en difficulté le jour où ce joueur est absent.
Quelle équipe européenne incarne le style de jeu que vous préférez ? De Jean-Michel
Jean Tigana : Barcelone m’intéresse beaucoup dans sa façon d’aborder les choses. J’aime bien la mentalité de Manchester United. Ce club est chaque année au très haut niveau. De plus, je suis ami avec Ferguson et je sais qu’à son âge, il est toujours aussi déterminé.
Quel système comptez-vous adopter après le départ de Yoann Gourcuff ? De Joachim
Jean Tigana : Que ce soit après ou avant, le système dépend de la qualité des hommes et de leur forme. On parle beaucoup de 4-3-3, de 4-2-3-1. On cite toutes les tactiques possibles mais ce qui compte, c’est la polyvalence des joueurs sur le terrain. Il faut que nous puissions changer de système avec les mêmes 11 joueurs sur la pelouse. Ce n’est pas facile à mettre en place. Il faut se concentrer sur l’animation, uniquement.
Bonjour M. Tigana. Qu'est-ce que cela vous fait d'entraîner le club qui semble avoir compté le plus dans votre carrière de joueur ? De Patrice
Jean Tigana : Cela m’a fait tout drôle. 15 joueurs avant que les Girondins prennent contact avec moi, je ne pensais pas du tout revenir au Club. En France, je ne serais pas venu dans un autre club. Je pensais plutôt repartir à l’étranger. Cela s’est fait car il y avait un vrai besoin dans une période difficile pour Bordeaux. Je savais que le dossier serait compliqué. Je savais que Gourcuff risquait de partir, tout comme Diarra et que Bordeaux ne jouerait pas de Coupe d’Europe. J’étais au courant de tous ces problèmes.

Bonjour coach, tout d'abord bienvenue chez vous ! Vous qui avez connu plusieurs clubs en tant qu'entraineur, avez-vous envie de demeurer à Bordeaux plusieurs années si on vous le permet ? De David
Jean Tigana : On m’a toujours permis de rester, j’ai toujours pris la décision de partir. Je fais partie des entraîneurs privilégiés. Que ce soit Lyon, Monaco, Fulham, Besiktas, c’est moi qui suis parti et j’avais encore des années de contrat derrière moi. J’ai pris la décision de quitter ces clubs pour convenance ou volonté d’évoluer. Parfois, il y avait une mauvaise entente. A Bordeaux, je ne sais pas. Je suis là pour 2 ans mais je suis plus près de la retraite que de repartir dans un autre club.
M. Tigana, les Girondins ont perdu Gourcuff. Avez-vous été déçu de son comportement ? De Jean-Michel
Jean Tigana : La manière dont cela s’est passée m’a dérangé. Je l’avais déjà dit. Venir le samedi à la veille d’un match important… Nous sortions de 2 défaites et nous allions affronter Paris au Parc le dimanche. Venir demander cela ce jour-là m’a un peu choqué. Il aurait dû venir le lundi. Cela se serait passé de la même manière mais il aurait montré du respect vis-à-vis du groupe et du Club. S’il en est à ce niveau-là, c’est grâce aux Girondins de Bordeaux.
Pensez-vous qu’il y a actuellement de jeunes Girondins qui ont le potentiel pour espérer faire une carrière à la Henry, Trézéguet ou Giuly ? Et si oui, qui ? d’Emmanuel
Jean Tigana : Nous n’y sommes pas encore. Il y a du potentiel mais il y a beaucoup de travail à faire. Il y a des choses à améliorer. J’arrive avec du recul, un œil neuf et mon expérience. Vous venez de citer des joueurs qui placent la barre très haut.

Vous avez perdu 3 demi-finales contre les Allemands (dont 2 disputées en Coupe du Monde) et l'autre avec Bordeaux contre Leipzig. Aujourd'hui, avec le recul, pouvez-vous nous dire ce qui vous a manqué afin de franchir l’obstacle allemand ? De Thomas
Jean Tigana : La 1ère fois, en 1982, il nous a manqué un arbitre honnête. Nous n’allons pas refaire l’histoire mais c’était flagrant. M. Corver… Je ne parle pas uniquement de l’action du gardien sur Patrick Battiston mais de l’ensemble du match. Il y a des choses que ne se font pas. Il est même reparti dans le même avion que l’équipe d’Allemagne. C’est difficile à digérer. 28 ans après, on s’en souvient. Il aurait pu repartir de son côté mais c’est la vie.
En 1986, je pense que c’est une faute professionnelle du groupe. Il y avait une mauvaise préparation. Après notre victoire face au Brésil en quarts de finale, c’était n’importe quoi. Nous avons manqué de professionnalisme. C’est de notre faute. Face à Leipzig, cela s’est joué sur un coup de dé puisque nous sommes éliminés aux tirs au but.