De Tavernost – « Bordeaux a des valeurs »

Nicolas de Tavernost était au Club de la Presse de Bordeaux lundi

mardi 31 août 2010 - 16h27
Nicolas de Tavernost

Lundi matin, Nicolas de Tavernost était l’invité du Club de la Presse de Bordeaux. Le Président du Groupe M6 a répondu pendant une heure aux questions des journalistes dans une ambiance détendue. Girondins.com vous propose de découvrir les propos de l’actionnaire principal du Club en 3 parties. Aujourd’hui, place aux commentaires de Nicolas de Tavernost sur la fin de saison dernière et le début de l’actuelle année. Il parle également des droits TV, de la possible influence de la mauvaise Coupe du Monde des Bleus sur les clubs et de son rapport au football.

LE DEBUT DE SAISON DES GIRONDINS

 


girondins.com : Quel est votre sentiment sur le début de saison des Girondins avec 1 victoire, 1 match nul et 2 défaites ? Comment vivez-vous ce début de saison ?

Nicolas de Tavernost : Cela fait 11 ans que nous sommes là. Nous (le groupe M6, NDLR) sommes venus à la demande explicite du Club, par l’intermédiaire de Jean-Louis Triaud. A cette époque, le Club était une association. Jean-Louis Triaud et Jean-Didier Lange savaient que dans les périodes de difficultés qui sont inhérentes au parcours sportif, ils ne pourraient pas faire face. Nous sommes là pour lisser la courbe. Ce n’est pas toujours évident. Le football n’évolue pas toujours dans le bon sens, notamment au niveau des instances. En 10 ans, je pense que le Club a progressé et gardé l’image d’un des 3 ou 4 grands clubs de France. Nous avons fait de nombreux investissements au Haillan lors de notre arrivée et notamment la création du centre de formation. Nous avons rénové le Château tout en conservant une équipe de bon niveau. Il y a eu un titre de Champion à notre arrivée (1999) mais il ne compte pas tellement dans notre bilan. Il a fallu attendre 10 ans pour en regagner un mais nous avons remporté plusieurs trophées avec 3 Coupe de la Ligue. L’an dernier, nous avons passé un palier en Champions League.


girondins.com : A quelques heures de la fin du marché des transferts, peut-on encore attendre des arrivées ?

Nicolas de Tavernost : Si on ne m’a rien caché, non.


RETOUR SUR LA FIN DE SAISON 2009-2010

 


Nicolas de Tavernost : Nous avons eu une 2ème partie de saison 2009-2010 cauchemardesque. Je ne la souhaite à personne. J’avais demandé à Jean-Louis Triaud de s’assurer de la pérennité de l’entraîneur au mois de janvier, l’année précédente. Je pense que nous avions bien fait (en janvier 2008, Laurent Blanc avait prolongé son contrat de 2 saisons, NDLR). C’était l’année du titre et nous avons fait les choses dans la sérénité. A l’inverse, nous avons vécu une période avec des incertitudes sur certains individus l’an dernier. Cela a pesé très lourd, c’est une des explications de cette 2ème partie de saison. Un mécanisme s’est cassé dans l’équipe. Nous terminons dernier de la 2ème partie de saison après avoir fini 1er en décembre. Cela doit être unique dans les annales du football. Nous ne voulons pas revivre cela. Il faut tout faire pour ne pas connaître de nouveau une période désastreuse.

 


Nicolas de Tavernost : A Bordeaux, nous sommes peut-être un peu trop gentils. On pense que les choses vont s’arranger. C’est ce que nous pensions pour Chamakh. Il faut être un peu plus dur et volontaire dans les objectifs, même quand cela ne fait pas plaisir. Nous avons tourné la page, nous sommes désormais dans l’ère Tigana. C’est un choix de Jean-Louis Triaud, que j’assume totalement. C’est une personnalité intéressante, bien connue à Bordeaux. Il a du caractère. En ce début de saison, tous les grands clubs ont connu des difficultés. Bordeaux comme les autres mais la différence, c’est que nous sortons d’une période terrible. J’avais peur que cela se poursuive après les 2 premières défaites. Il fallait que ce cycle s’arrête. Il fallait du changement dans cette équipe avec un moral de combattant. Cela revient. Nous l’avons vu à Paris et dans la réaction face à Marseille. Cela demande confirmation. Je suis à la fois vigilant mais rassuré par l’état d’esprit.


girondins.com : Avez-vous regretté de ne pas être intervenu dans la gestion du cas Chamakh ?

Nicolas de Tavernost : J’assume totalement ce qu’il s’est passé dans le cas Chamakh. Collectivement, nous nous sommes trompés. Il aurait fallu opérer différemment. La progression se fait grâce aux erreurs. Nous avons mal réglé ce dossier. Nous pensions que ce joueur, formé au Club, prolongerait son contrat avant d’être transféré. C’est ce qu’il s’est passé à Rennes avec Jimmy Briand et ici avec le récent départ de Cavenaghi qui a fait preuve d’élégance en signant un an de plus avant d’être prêté. Ce ne fut pas le cas pour Chamakh. C’est néanmoins un grand joueur mais c’est dommage car le Club a perdu du temps.

 


girondins.com : En avez-vous voulu à Laurent Blanc ?

Nicolas de Tavernost : Nous avons mal vécu cette période. Maintenant il ne faut pas regarder dans le rétroviseur. Laurent Blanc a un challenge compliqué avec l’Equipe de France et il faut le soutenir dans cette tâche. Tout le monde y a intérêt. Cela ne sert à rien de critiquer ici ou là.


girondins.com : C’est le côté « gentil » des Girondins de Bordeaux ?

Nicolas de Tavernost : Peut-être un peu. Pas simplement de Bordeaux mais de l’actionnaire aussi.


girondins.com : Vous savez maintenant qu’il faut être un petit peu plus méchant. Vous auriez fait quoi aujourd’hui sur le cas Laurent Blanc ?

Nicolas de Tavernost : Je ne préfère pas vous le dire. Il ne faut pas transiger sur les principes. Il faut toujours obéir à ses règles. Il faut s’engager dans la ligne de conduite émise. Tous les ingrédients étaient réunis pour que cette 2ème partie de saison soit réussie, je ne laisserai pas dire le contraire. Ce n’est pas toujours la faute de l’actionnaire. Le football n’est pas simplement une question d’argent ou la taille du chèque pour faire venir les stars. Les prolongations de contrat étaient là, l’effectif aussi. Il y a eu une mauvaise conjonction, une part de malchance et cela vous fait une mauvaise saison. Le cycle de l’enchaînement de la défaite est terrible.

 


UNE INFLUENCE DE LA COUPE DU MONDE SUR LES CLUBS ?

 


girondins.com : Ce qui s’est passé en Afrique du Sud n’a rien à voir avec Bordeaux. Mais par rapport à l’image du football vis-à-vis de la société française, cela vous interroge-t-il ?

Nicolas de Tavernost : Quand nous avons un Président bénévole, un club qui a des valeurs historiques... Je pense qu’à Bordeaux nous avons une bonne valeur du football. Certes tout n’est pas parfait. Le club respecte ses anciens par exemple. Vous le voyez dans la reconversion des gens du club. Il y a quand même un historique des valeurs que l’on retrouve à Bordeaux et qui font l’intérêt de ce sport. Nous avons tous été choqués de ce qui s’est passé avec l’Equipe de France en Afrique du Sud. C’est pour ça que l’on parle toujours de l’efficacité en oubliant les valeurs. C’est un tort.


girondins.com : Pour le footballeur nous avons l’impression que tout est permis, même la mauvaise prestation…

Nicolas de Tavernost : Allez demander à Jean Tigana. Nous avons des garçons jeunes et cela va vite. Il ne s’agit pas de trouver des excuses. Pour revenir à l’image de l’Equipe de France sur le football, il y a un double effet. Malgré ce qui s’est passé en Afrique du Sud, les gens continuent à défendre les couleurs de leur club. Il n’y a pas moins d’abonnés par exemple. Si l’Equipe de France recommence à gagner, les gens vont soutenir l’équipe à fond. M6 a acheté les droits de certains matches, j’espère qu’ils vont soutenir la France très nombreux !


girondins.com : Allez-vous donner des consignes aux joueurs pour qu’ils soient plus proches du public ?

Nicolas de Tavernost : Je n’ai pas de consignes à donner. Jean-Louis Triaud sait très bien faire cela. Jean Tigana a été un joueur très populaire et le public respecte ces 2 personnages. C’est dans la culture du club. Nous avons peut-être besoin d’un peu plus d’enthousiasme. Il faut que contre Lyon, ça chauffe ! Dans le bon sens du terme bien sûr ! (Rires)


LES DROITS TV

 


girondins.com : La question des droits TV va bientôt se poser avec une prochaine renégociation des droits. Tout le monde semble dire que cela va baisser, surtout si Orange se retire ?

Nicolas de Tavernost : Je ne pense pas qu’ils baisseront. Dimanche soir, 2 millions de téléspectateurs ont regardé Bordeaux-Marseille sur Canal +. J’ai envoyé un mail à M. Thiriez pour lui dire à quel point le championnat était un succès. Le football a besoin de la télévision à péage et inversement. Il faut trouver un point d’équilibre mais ne partons pas battus. C’est un produit rare la L1. Après l’échec de la Coupe du Monde, 2 millions de téléspectateurs pour Bordeaux-Marseille, c’est formidable. Il faut se battre pour que les clubs obtiennent les droits les plus importants. Trop longtemps, nous avons cru qu’une augmentation exponentielle allait régler tous les problèmes du football et c’est faux. Il n’y a pas de raison que les recettes des droits TV baissent. Il n’y a pas de raison non plus de s’affranchir des règles du football professionnel. Certaines choses sont en train d’évoluer comme les nouveaux stades. Je pense que nous devons revenir à un championnat à 18. L’Etat a sa part de responsabilité en changeant constamment les règles du jeu. Il faut aussi faire des progrès en cherchant de nouvelles ressources. Enfin, il faut raison garder, même si nous sommes poussés par les supporters. Nous ne pouvons pas faire n’importe quoi sur les recrutements et les salaires. Le championnat a 180 M€ de déficit. Bordeaux n’y contribue pas. Il ne faut pas aller dans ce sens. Nous n’avons pas les moyens de faire une gestion à l’espagnole.


girondins.com : Quel est votre avis sur la possible création d’une chaîne de la LFP ?

Nicolas de Tavernost : Tout dépend de son contenu. Si c’est pour être son propre client, j’y suis farouchement opposé. On ne peut pas faire de compétition avec soi même. La LFP peut créer une chaîne pour diffuser des résumés ou faire la bio de Michel Platini. La vocation de la LFP, c’est de commercialiser des droits aux gens qui veulent les acquérir. Ces droits sont confiés par les clubs, je le rappelle. Ce n’est pas de faire concurrence à ses propres clients. Le principal client (Canal +, NDLR) n’est pas inquiété par cette création de chaîne de la LFP. Cela incite à être prudent. Je ne crois pas que cela soit une bonne solution.


girondins.com : M6 prévoit-elle de négocier les droits TV de la Ligue 1 lors de la prochaine consultation ?

Nicolas de Tavernost : En aucune façon.


girondins.com : Même pour le magazine ?

Nicolas de Tavernost : Le magazine, nous verrons. Les droits des matches de Ligue 1 valent le double de la totalité des programmes de M6. Si nous diffusons un match, nous fermons la station. Nous allons peut-être aller le regarder plutôt ! (Rires)


NICOLAS DE TAVERNOST ET LE FOOTBALL

 


girondins.com : Vous êtes arrivé dans le monde du football par l’intermédiaire de M6 et des Girondins de Bordeaux. Vous y plaisez-vous de plus en plus ?

Nicolas de Tavernost : Bien sûr. Lorsqu’on apprend à connaître les choses, on les aime davantage de l’intérieur. On connaît les footballeurs. J’ai plus de plaisir qu’il y a 10 ans à voir un match de football.


girondins.com : Vous vous investissez plus aussi. Nous l’avons vu avec Tigana ou le dossier Gourcuff…

Nicolas de Tavernost : Je n’en sais rien. Mais il y 10 ans il ne fallait pas me demander quoique ce soit. Maintenant je connais un petit peu plus alors il m’arrive d’intervenir, de proposer des choses à Jean-Louis. Il me suit ou il refuse mais je suis plus présent c’est vrai, car je connais mieux ce monde. C’est normal. Je suis arrivé à la télévision il y a 25 ans. Je ne connaissais rien à ce monde. C’est passionnant d’apprendre. Le côté irrationnel du football est quelque fois un peu frustrant, comme la télé. C’est ce qui fait l’intérêt du métier. Avec Le Lay, Dassier et Leproux, la télé est massivement venue dans le foot. Je disais à Patrick Le Lay « Votre avis est peut-être aussi important ». Il y a des règles de bon sens qu’il faut prendre. Souvent, nous entendons des analyses complexes ou des vérités qui se sont plus valables un jour après l’autre. Il y a des choses dans qui se commandent par la raison et le bon sens.

 

Rendez-vous demain pour la 2ème partie de l'entretien de Nicolas de Tavernost


 

 

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