La situation est grave. Des erreurs ont été commises. Bordeaux ne peut plus continuer à effectuer d’incessants va et vient entre la D1 et la D2. Il lui faut repartir sur des bases plus saines et solides. Trois hommes à forte personnalité, vont participer à ce renouveau ; Jean Michard-Pelissier président du club depuis 1957, s’en va. Henri Martin le remplace. Président du CIVB, maire de Beychevelle, c’est un homme à poigne. Son gendre, Jean-Louis Triaud, marchera dans ses pas quelques années plus tard. Jean Maury devient le patron du football. C’est un enthousiaste doté d’une nature bouillante. Salvador Artigas revient. Il fut joueur. Le voila entraîneur. C’est un énorme travailleur, d’une rigueur sans faille. Leur tempérament est différent. L’entente sera pourtant excellente. Henri Martin sera le pompier éteignant les incendies allumés par Jean Maury. Salvador Artigas se chargeant de transmettre, sur le terrain, les directives des deux chefs. Et ça marchera. Bordeaux est en D2 lors de la saison 1960/61. Il y sera encore la saison suivante. Pour la dernière fois jusqu’en 1991 !
Un nul obtenu à Valenciennes (0-0), à deux journées de la fin, lui offre la clé du paradis. Sans Rolland Guillas parti pour Saint-Etienne. Avec une équipe renouvelée et à forte coloration girondine (Ranouil, Montes, Audebert, Calleja, Baudet). S’y son ajoutés des joueurs comme Amara, Moévi, Robuschi, Navarro, Abossolo, Rey et Gori. Ils sont encore incconus, mais ça ne va pas durer.
La recette de Salvador Artigas est toute simple. Elle repose sur le travail, la logique et une constatation. Les entraînements sont très durs. C’est le travail. Pour occuper une bonne place dans le championnat, il faut gagner beaucoup de points. C’est la logique. Pour cela, il faut encaisser un minimum de buts. Comment faire ? En défendant bien. A partir de là, l’alternative est facile à comprendre. Il faut soit être bon derrière, soit être nombreux. C’est la constatation. Par la force des choses, c’est surtout la seconde solution qu’il retiendra. Salvador Artigas est aussi un farouche partisan de la défense individuelle. « C’est celle qui responsabilise le plus un joueur » ne cesse-t-il de répéter. « Chacun le sien » est sa devise. Si un but est encaissé, le coupable est vite trouvé. Là aussi ça marchera. La rigueur paie souvent… Mais pour bien s’installer en D1, il faut quand même se renforcer. Henri Martin et Jean Maury décident alors, que chaque été, Bordeaux n’enrôlera qu’un seul joueur. Mais il devra être le meilleur de l’équipe. Pour 1962/63, ce sera André Chorda. Un international.
Pour la suivante : Hector de Bourgoing. Un autre international. Bordeaux où apparaît Didier Couécou, un jeu attaquant de valeur, réalisera une saison 1962/63 remarquable. Il terminere quatrième. Après avoir longtemps résisté à Monaco, le champion. 1963 sera également marqué par l’inauguration de l’éclairage au Stade Municipal, le 19 mars, avec la venue du grand Real de Madrid et par la naissance, la veille, du Club des Anciens.
Bordeaux vient d’être bon en championnat. L’année suivante, il le sera en Coupe de France. Bordeaux disputera la cinquième finale de son existence. Il la perdra le 10 mai 1964 contre Lyon (2-0). Peut-être par la faute de Salvador Artigas. Pour Bordeaux, le danger lors de ce match vient de Nestor Combin. C’est prévisible. Ce sera le cas. Guy Calleja a l’habitude de marquer l’adversaire le plus dangereux. Ce sera encore lui. Le problème vient du fait, que le jeu du Franco-argentin ne convient pas au Bordelais. Combin marque deux buts (12ème et 26ème). A la mi-temps, Salvador Artigas fait permuter Calleja et Navarro. L’occasion de voir Bordeaux, enfin récompensé, ne se reproduira pas de sitôt.
Après avoir disputé contre Dortmund son premier match d’une réelle Coupe européenne à l’automne 1964, Bordeaux va s’abonner aux deuxièmes places. Derrière Nantes qui est devenu l’équipe forte du football français. Ce sera le cas lors de la saison 1964/65. A deux points. Et pour la suivante (1965/66), à 7 points. L’écart se creuse. La saison 1966/67 sera la dernière de Salvador Artigas aux Girondins. Les Bordelais termineront quatrièmes.
Le Catalan vient de passer 7 ans à Bordeaux. Les Girondins sont maintenant une équipe très controversée, mais respectée.
Salvador Artigas décide de repartir pour le FC Barcelone où il fut joueur de 1929 à 1934. Comme entraîneur, il disputa, le 21 mai 1969, une finale de la Coupe des Coupes avec Barcelone. Il la perdra face à Bratislava (3-2). Jean-Pierre Bakrim va le remplacer aux Girondins. Bordeaux vient de tourner une nouvelle page de son histoire.
En cette année 1967, le monde entier se passionne pour la première greffe cardiaque réalisée par le professeur Christian Barnard. Les Girondins vont aussi tenter une opération identique. Pour le chirurgien sud-africain, la réussite sera immense, mais éphémère. Dix-huit jours après l’intervention, Louis Washkansky meurt d’une infection pulmonaire. La greffe des Bordelais va réussir.
Salvador Artigas de retour dans son pays, il faut un entraîneur. Ce sera Jean-Pierre Bakrim. Voilà pour la tête. Ancien joueur des Girondins, il en était le directeur sportif. La vieille garde chère à Salvador Artigas (Robuschi, Leonetti, Guillas, Rey et Moévi) s’en va. Wojciak, un ailier venu de Toulouse et Desremeaux, un solide défenseur, arrivent. Voilà pour les membres. Cette double greffe sera un succès. Bordeaux va réaliser deux saisons remarquables.
Le Bordeaux, revu et corrigé, terminera huitième en championnat. Loin derrière le grand St-Etienne qui commence à poindre. Il disputera aussi la finale de la Coupe de France. Les Bordelais seront battus, encore, toujours. Cette fois par St-Etienne où joue Aimé Jacquet (2-1). A l’issue d’un match qui eut fait encore couler beaucoup d’encre et de salive, si, en ce 12 mai 1968, des événements autrement plus importants n’étaient en train de secouer la France.
L’intervention d’André Chorda sur Hervé Revelli justifiait-elle un penalty comme le décida M. Barde ? Là aussi, la France se retrouva coupée en deux. Il y eut les pour et les contre. Le cœur gros, les Bordelais regagnèrent leur bonne ville dans un vieux car brinquebalant. Celui-ci avait été lavé en catastrophe, le voyage retour prévu étant devenu impossible pour cause de grève générale de la SNCF. Tant pis. La saison suivante sera encore meilleure. Grâce notamment à l’arrivée de Jack Simon. Le Nantais. L’ennemi juré du public bordelais. Le passage de Simon de Nantes à Bordeaux apparut, à l’époque, tout aussi surprenant que le chemin inverse prit par Didier Couécou. Et que 20 ans plus tard, le départ d’Alain Giresse pour Marseille. Un Marseille que Bordeaux allait encore retrouver sur son chemin en finale de la Coupe. L’OM des Magnusson, le magicien suédois, Novi et autre Djorkaeff. Bordeaux venait d’échouer d’un rien face aux Stéphanois en championnat, lorsque le 18 mai 1969, il se présenta devant les Marseillais. Deuxième du classement. Avec 51 points en 34 matches. Bien loin devant l’OM seulement huitième.
Et c’est pourtant l’OM qui gagna (2-0). Deux buts inscrits par Novi et Joseph dans les dernières minutes venaient d’avoir raison d’un Bordeaux ayant encore manqué un rendez-vous important. Les Bordeaux allaient encore devoir patienter 17 longues années avant de trouver pareille embellie. Toujours contre Marseille mais cette fois avec réussite. Deux places de deuxièmes, deux finales de Coupe de France disputées consécutivement, Jean-Pierre Bakrim pouvait présenter un bilan exceptionnel, lorsque les ennuis commencèrent pour les Girondins ayant une nouvelle fois bouleversé leur effectif avec les arrivées des rouennais Dortom et Betta, du Nordiste Andrien et peu après, du Monégasque Rostagni.
Cette fois, la greffe ne prit pas. Lors de cette saison 1969/70, Jean-Pierre Bakrim fut remercié. Pierre Danzelle, alors entraîneur de l’équipe réserve, le remplaça. La crise devait aussi toucher la direction du club. La destinée de la section football des Girondins fut confiée à un triumvirat constitué de Jean Roureau, Jacques Descudet et M. Magré. Ce dernier renonça rapidement. Les deux premiers restèrent. Bordeaux allait connaître des années grises. Sixième en 1970. Cinquième en 1971. Ca va. Douzième en 1972. Quatorzième en 1973 et 1974. Douzième en 1975. Dixième en 1976 et 77. Seizième en 1978. Ca ne va plus. Bordeaux est devenu une parfaite équipe parfaitement anonyme. André Gérard, revenu à ses premiers amours, Pierre Phelippon le méthodique, André Menaut et consciencieux Christian Montes se sont succédé comme entraîneur.
Ils ont fait du bon travail mais avec des moyens réduits. Seuls rayons de soleil dans cette zone d’ombre : la victoire des Juniors en finale de la Coupe Gambardella en 1976 et l’épanouissement de plusieurs jeunes.
Ils s’appellent Jean Gallice, Jean-François Domergue, Philippe Bergeroo, Francis Meynieu et le phénoménal Alain Giresse. Tous sont nés en Aquitaine. Tous deviendront internationaux. Ces années-là furent difficiles, mais finalement, pas négatives.