Ce 4 mai 1952, il pleut sur Colombes lorsque les trains venus de Paris déversent un flot d’amateurs de football. Il y en a 61485 dans l’enceinte du Stade Yves du Manoir quand l’arbitre M. Devillers siffle le coup d’envoi de la finale de la Coupe de France. La 35ème de l’histoire. D’un côté l’OGC Nice. Il est premier en championnat. Il enlèvera le titre. En face, Bordeaux. Il est deuxième. Il le restera.
C’est la finale rêvée. Elle sera de rêve. Le spectacle est superbe. Les buts vont se succéder. Dix minutes de jeu. Le Luxembourgeois de Nice Nuremberg allume la première fusée. Balleau centre. Via De Harder et Persillon, elle arrive à Baillot. Egalisation. C’est reparti. Ben Tifour centre pour Carniglia. L’argentin dont on reparlera plus tard, trompe Villenave. Trois buts en moins de 180 secondes ! Le public est aux anges. Nice prend le large grâce à Belver. Pas pour longtemps. Coup-franc en faveur de Bordeaux. Il est tiré par Joop De Kubber. C’est un hollandais arrivé aux Girondins en octobre 1950 sur recommandation de De Harder. La tête de Kargu dévie la balle hors de portée de Domingo. Bordeaux revient à 3-2. Il égalisera tout aussitôt après la reprise de Baillot. Ce n’est pas fini. Avantage à Nice grâce à Ben Tifour. Baillot tire sur la barre. Cesari poignarde Bordeaux. Un des plus beaux matches de l’histoire du football français vient de s’achever. La saison de Bordeaux aura été superbe. Sans récompense. Hélas !
Les responsables des Girondins décident alors de rajeunir l’équipe. Pelazzo, Wozniesko et Aucourt arrivent lors de l’été 1952. Ils sont suivis par un avant-centre marocain. Il est encore inconnu. Il ne restera pas. Pour son premier match avec l’équipe de CFA, il inscrit 5 des 6 buts bordelais. Il s’appelle Mohamed Abdesselem.
La saison 1952/53 sera assez bonne. Bordeaux est troisième du championnat. Sa carrière en Coupe s’achève dès les 32èmes de finale contre … Nice (4-3). La grande satisfaction viendra de l’équipe réserve. Elle enlève pour la troisième fois de son existence le titre de Champion de France Amateurs. Lors de la phase finale, elle n’a pas encaissé le moindre but. L’équipe type est formée de Bernard – Aucourt, Tylipski, Monboucher, Schmalz, Castellan – Dupeux, Wozniesko – Audebert, Cheyssac, Rico.
Le toilettage se poursuit. Lors de l’été 1953, deux solides défenseurs Simon Jancewski le sochalien, et Jacques Grimonpon le Nordiste du Havre, posent leurs valises à Bordeaux. L’osmose s’effectue sans dommage. Longtemps en tête du championnat, Bordeaux cèdera sur la fin. Lille est Champion. Reims et Bordeaux suivent à un point. La Coupe s’est arrêtée pour les Bordelais en quart de finale. Pour la troisième fois consécutivement face à … Nice. Avec un énorme scandale à la clé !
Alors que la marque est toujours de 0-0, comment l’arbitre, M. Kohler, ne voit-il point le défenseur niçois, Guy Poitevin, empêcher, avec la main, le ballon d’entrer dans son but, alors que Domingo le gardien est battu ? Il aggrave, tout aussitôt, son cas en accordant au Niçois Ijlaki un but entaché d’un indiscutable hors-jeu. Bordeaux aurait du mener d’un but. Et il se retrouve avec un but de retard. C’en est trop. A la demande des dirigeants, les Bordeaux quittent le terrain. La confusion est complète. Après de longues palabres dans les vestiaires, ils consentent à revenir sur la pelouse. Ils égalisent. Le match sera rejoué. L’OGC Nice le gagnera et enlèvera le trophée en battant Marseille en finale (2-1). S’il est permis de penser que le nez de Cléopâtre eut changé la face du Monde s’il eut été plus court, il est certain que la main trop leste de Poitevin venait de transformer le cours de l’histoire de cette Coupe de France. Cette damnée compétition devait encore jouer un mauvais tour aux Girondins la saison suivante.
Le 22 mai 1955. Le dimanche de Pentecôte. Bordeaux est encore en finale. Son adversaire est Lille. Bordeaux, grand favori. Sa carrière en championnat a été honorable. Sans plus (6ème). Celle de Lille frôle la catastrophe. Il va falloir aux Nordistes disputer les barrages. Les Lillois redresseront superbement la situation.
Ils gagnent la Coupe (5-2). Vincent (7ème), Douis (28ème et 31ème), Bourbotte (35ème et 75ème) sont les bourreaux d’un Bordeaux n’ayant pu répliquer que par Wosniesko (41ème) et Skander (64ème). Sur leur lancée, les Lillois sauveront leur place en D1 aux dépens de Rennes. Les spectateurs ou téléspectateurs de cette finale (c’est la première retransmission en direct d’un math en France) ne savent pas encore que de sombres nuages vont bientôt s’accumuler au-dessus de la tête des Bordelais.
1956. La France entière rit aux facéties du fameux tandem Bourvil-Gabin dans « La traversée de Paris ». Adapté d’une nouvelle de Marcel Aymé, ce film de Claude Autant-Lara évoque Paris sous l’occupation. C’est plutôt à franchir un long désert que se préparent, alors, les Girondins. La saison 1955/56 a été calamiteuse. Bordeaux avant-dernier. Dix-septième sur dix-huit. Rétrogradé. Lille, son bourreau de la précédente finale de la Coupe de France, et Troyes se retrouvent dans le même sac. La chute des Bordelais était prévisible. Les étoiles du début des années 1950 ont vieilli. D’autres sont parties. Leurs remplaçants ne les ont pas fait oublier. Le brio du gardien Pierre Bernard n’a pas suffi. Seule satisfaction : l’éclosion d’un jeune breton. Recommandé par l’ancien Girondin Lisiero, il est arrivé à Bordeaux en 1954. Pas très grand mais costaud, sa technique est prodigieuse. Il s’appelle Rolland Guillas.
Bordeaux retrouve donc la D2, après un séjour de 7 ans à l’échelon supérieur. Quand pareille mésaventure survient, que se passe-t-il dans tous les clubs du monde ? Illico, est mis sur pied un plan. Il doit permettre de retrouver le paradis le plus rapidement possible. Parfois, ça réussit. Très souvent, ça rate. Ce sera le cas.
Bordeaux garde la majorité de ses joueurs. L’effectif est rajeuni grâce aux arrivées d’Abdallah et de Couronne auxquelles se joignent des jeunes de la région : Obispo (Verthevil), Calléja (Talence) et Carteau qui deviendra plus tard directeur sportif de l’AS Angoulême. L’opération échoue. Bordeaux termine cinquième. Le remplacement au printemps d’André Gérard par Santi Urtizberrea comme entraîneur, n’a pu changer son destin. La fête mise sur pied le 2 juin 1957, à l’occasion du 75ème anniversaire du club, manque de chaleur. Elle se déroule d’ailleurs sous une pluie battant !
Il faut se remettre à l’ouvrage à l’orée de la saison 1957/58. Jean Humareau parti, il faut un président. Ce sera Jean Michard-Pelissier. Il faut un entraîneur. Ce sera Camille Libar le principal artisan de la remontée en 1949. Comme joueur : il faut de nouveaux footballeurs. D’autant que Bernard, Debeilleix, Domenger et Unzain ne désirent plus évoluer en D2 et que De Harder, revenu l’espace d’une saison, Grimonpon et Janczewski ne veulent plus jouer du tout. Lemaître, Louis, Alexandre, Boulle, et Plaziat un jeune venu de Bourrasol dans la région toulousaine arrivent. L’équipe ne serait pas mauvaise sans… la geurre d’Algérie.
Rolland Guillas et Jean-Claude Ranouil sont priés de traverser la Méditerranée. Guillas c’est le straège. Ranouil c’est le gardien. Le Suédois Hjamarsson remplacera le premier et François Remetter le second. Remetter est international. Après avoir joué à Metz, il arrive de Sochaux. Il ne fera pas de miracle. Nancy, Rennes, Limoges et Strasbourg rejoignent l’élite. Pas Bordeaux seulement neuvième. Ce sera pour la saison suivante.
Un championnat 1958/59 que Bordeaux aborde avec un effectif très renouvelé et pas de la meilleure façon possible. A un mois de la fin, il est neuvième à 4 points de la quatrième place synonyme de remontée. Le retour de Bordeaux est impressionnant. A un match de la fin, il y a deux quatrième ex-aequo : Bordeaux et Grenoble. C’est un de trop. L’ultime journée opposant Bordeaux et … Grenoble où joue maintenant François Remetter, décidera. Ce sera Bordeaux grâce à deux buts inscrits par Andersson, l’ancienne étoile de l’OM, arrivé en renfort depuis peu et par Boulle. Les 22 627 spectateurs payants sont ivres de joie. C’est la fête à Lescure !
La traversée du désert est-elle achevée ? Pas encore. Le retour en D1 sera catastrophique. Bordeaux termine dernier du championnat 1959/60. Les Bordelais, malgré un excellent Laurent Robuschi, n’ont enlevé que 7 victoires en 38 matches. La plus mauvaise est celle de Bordeaux (102 buts). Le goal average des Girondins est de -50. Rarement on a fait aussi mal. Et l’étonnant succès enlevé aux dépens du Stade de Reims (2-1), qui a survolée la compétition, ne change rien à l’humiliation.
Bordeaux, un an plus tôt, croyait bien être, enfin, sorti du tunnel. Le voilà retombé dans un grand trou noir. Il devra y rester encore deux saisons supplémentaires.