Voici la 3ème partie de l’interview consacrée à Francis Gillot. Il donne ici son avis sur Henri Saivet et parle de ses 2 adjoints, René Lobello et Alain Bénédet. Il donne également son avis sur la responsabilité d’un entraîneur dans les résultats de son équipe. Enfin, il constate qu’il y a de moins en moins de joueurs leaders dans le monde du football et c’est pour cela que les entraîneurs peinent à trouver leurs capitaines.
Bonjour, nous avons constaté depuis le début de la saison une avancée, une évolution constante. Nous ne sommes pas surpris par les résultats actuels et je pense qu'en fin de saison nous côtoierons les objectifs initiaux. Avec vous, nous avons enfin pris conscience de l'importance de l'aspect psychologique dans le sport de très haut niveau où la contre-performance est quasi interdite. Vous et votre staff avez à première vue une idée bien précise de la manière dont une équipe de football professionnelle du standing des Girondins doit être gérée. A l’heure actuelle, un joueur comme Ciani est moins performant qu’Henrique. Mais un Ciani en confiance, ambitieux, est-il toujours moins performant ? Notre époque n'est pas idéale pour développer le caractère des joueurs alors n'est-il pas intelligent d'investir dans un service de développement personnel afin de mettre les joueurs dans les meilleures prédispositions morales (motivation quotidienne, ambition, objectifs précis, ...) ? Ce genre de dispositif est très largement répandu dans divers sports et dans le monde professionnel en général. Je vous remercie de votre attention, de Charles
Francis Gillot : Le staff et moi-même nous occupons du côté psychologique. Nous rencontrons les joueurs. Personnellement, je ne veux pas qu’il y ait quelqu’un qui parle à mes joueurs. Ils sont déjà avec des agents qui leur disent un son de cloche qui n’est pas forcément le nôtre. Je préfère intervenir en direct avec les joueurs. Ils viennent dans mon bureau et nous avons des conversations de temps en temps. Mon staff va également dans le vestiaire pour parler et déceler les problèmes. Tant que je serai là, il n’y aura pas de psychologue qui rentrera dans le vestiaire (sourire, ndlr).
Henri Saivet était annoncé comme un futur prodige du football français, pensez-vous que le fait de signer son 1er contrat pro à 16 ans a nui à sa progression ? Quelles sont ses principales qualités ? Quels sont ses défauts ? Dans quel secteur doit-t-il progresser ? d’Ilyas
Francis Gillot : Je ne pense pas que le fait de signer pro si tôt était un aboutissement pour lui. C’est un garçon intelligent. Il commence à jouer, mais il a encore beaucoup de travail. Il a un bon niveau, mais je pense qu’il doit encore franchir un palier pour être titulaire indiscutable. Il est à l’écoute et il progresse. C’est un bon garçon. Je pense qu’il peut aller loin. Le problème est qu’aujourd’hui, les gens mettent les bons joueurs de 16 ans à un niveau un peu plus haut qu’ils ne devraient. Ils sont ensuite déçus. Il ne faut pas trop mettre les joueurs sur un pied destal quand ils ont 16 ans. Entre 16 ans et jouer en professionnel, il y a un monde. Il faut être assez costaud pour jouer en Ligue 1. Henri a une progression normale, ce n’est pas un surdoué. J’ai vu beaucoup de jeunes, il est dans la norme. Je n’ai pas vu chez lui les qualités d’un Messi ou d’un Maradona. Il va falloir qu’il travaille comme tout le monde pour y arriver.

Bonjour, en dehors de l'aspect purement sportif, quelle sont les autres raisons de votre choix de venir à Bordeaux ? d’Alain
Francis Gillot : Pour moi, Bordeaux reste un club où j’avais envie d’aller. Je ne sais pas pourquoi, cela ne s’explique pas. Je n’ai pas hésité quand j’ai eu l’occasion de signer ici, même si je savais que cela allait être difficile. Je ne connaissais pas du tout Le Haillan. J’avais une bonne sensation. Il y a parfois des choses qui ne s’expliquent pas. Le fait que ce soit une grande ville n’a pas du tout joué. Les bars, boîtes et restaurants ne sont pas mes priorités.
Bonjour Francis et merci pour tout ce que vous faites au club, vous êtes un excellent entraineur ! Lorsqu’une équipe tourne mal c'est souvent l'entraineur qui trinque, trouvez-vous cela juste, sachant que ce sont les joueurs qui sont sur le terrain ? de Romain
Francis Gillot : C’est un peu injuste. Mais, c’est plus facile pour la presse de se focaliser sur une personne plutôt que sur les joueurs. Au niveau de la presse, le problème est qu’ils sont tellement concentrés sur l’entraineur que cela permet aux joueurs de passer entre les gouttes. D’un autre côté, cela les déresponsabilise et c’est négatif. Les joueurs sont les plus importants. Je pense que ce sont les joueurs qui font un entraîneur et pas le contraire. Si l’on met Guardiola à la tête de la dernière équipe d’Espagne, et l’entraîneur du dernier à Barcelone, je pense qu’ils auront à peu près les mêmes résultats. Il y a un pourcentage difficile à définir, 75-25% ou 80-20%. Je ne dis pas que l’entraîneur n’est pas responsable des bons ou mauvais résultats, mais sa part de réussite n’est pas si importante. Il est primordial d’avoir des bons joueurs. Si ce n’est pas le cas, on ne peut pas avoir de bons résultats, c’est une certitude.
Quel est le joueur le plus talentueux que vous ayez eu sous vos ordres ? de Sammy
Francis Gillot : Pour moi, il s’agit d’El-Hadji Diouf. A 15 ans, il était exceptionnel. Il savait tout faire. Il était puissant. Il s’est un peu dispersé par la suite. J’ai également joué avec un joueur qui m’a impressionné. Il s’agit de Roger Milla. Quand j’ai démarré à Valenciennes, il est arrivé en France. C’était un extra-terrestre. En tant que joueur, il m’a frappé. Je n’avais que 17 ans. J’ai joué avec lui, c’était impressionnant. Le 1er entraînement, il a pris le ballon et a dribblé tout le monde. Je m’en souviens, c’était encore à Nungesser, sur le terrain d’honneur. Il y en a eu d’autres. J’ai joué avec des joueurs comme Susic, ou Bjekovic à Nice, des joueurs de grand talent.
Bonjour Francis, vous attendiez-vous à un tel "chantier" en arrivant à Bordeaux ? de Laurent
Francis Gillot : Sincèrement, oui. Le Président Triaud m’avais prévenu, tout comme M. de Tavernost. On savait qu’on ne pouvait pas acheter beaucoup de joueurs et on savait que certains allaient partir. Et encore, on a eu de la chance de ne pas perdre Trémoulinas et Plasil, leurs départs étaient dans l’air. Je le savais oui. On dit que Bordeaux a fait une mauvaise saison, mais je tire mon chapeau à Jean Tigana qui a réussi à finir 7ème dans ces conditions. Ce n’était pas évident. De plus, cette année on perd Fernando, Diarra, Wendel, Ramé. Fernando évoluait en défense centrale la saison passée puisque ça n’allait pas derrière. Il est parti et on ne l’a pas remplacé. On a récupéré les problèmes qu’il y avait l’année d’avant. On m’avait dit tout ça, je n’ai pas été pris en traître.
Monsieur Gillot, j'admire beaucoup votre travail et l'esprit d'équipe que vous tentez de communiquer aux joueurs bordelais. Même si l'équipe des Girondins semble aller mieux, n'avez-vous pas l'impression qu'il manque un véritable leader, un homme capable de gueuler un bon coup et de remettre les joueurs sur les bons rails quand il le faut, comme un Bernard Pardo par exemple ? Quel est votre avis au sujet de Jaroslav Plasil en tant que capitaine ? de Gérard
Francis Gillot : Des joueurs comme Marc et Jaro parlent. C’est vrai que plus on a de leader, mieux c’est. Ce sont les relais d’un entraîneur. Mais, il y en a de moins en moins, dans toutes les équipes. Tous les entraîneurs se plaignent que les joueurs soient plus individualistes et qu’ils pensent à leur performance. Ils ne vont pas régler les problèmes des autres. Il faut faire avec. Quand on a du mal à trouver un capitaine, cela signifie que l’on manque de leader. C’est le lot de toutes les équipes. Il y a moins de leader à notre époque. Peut-être que les joueurs sont plus individualistes, peut-être qu’ils ont plus de problèmes personnels. Il faut déjà qu’ils règlent eurs problèmes avant de régler ceux des autres (sourire, ndlr).
Que pensez-vous de René Lobello ? Et d’Alain Bénédet ? de Cyril
Francis Gillot : Ils sont pour une grande partie de la réussite depuis que je suis avec eux. J’avais également un bon staff à Lens. Je les ai perdus quand je suis parti. J’ai récupéré Alain Bénédet à Sochaux, il était déjà là. J’ai emmené René avec moi, pas de Lens, il était parti ailleurs. Ils sont complémentaires entre eux et par rapport à moi. Ce sont de bons garçons, qui ont du bon sens. Ils dégrossissent bien le travail.
Quand vous arrivez dans un club, préférez-vous avoir un effectif jeune pour modeler l’équipe ou préférez-vous vous appuyer sur des joueurs confirmés ? de Polo
Francis Gillot : A Lens, j’avais des joueurs confirmés, comme Hilton, Leroy, Dindane, Cousin, Coulibaly ou Keita qui joue désormais à Barcelone. Peu importe, ce n’est pas un problème. A partir du moment où les joueurs sont à l’écoute et ont de l’envie, qu’ils soient jeunes ou moins jeunes n’est pas un problème. Je dis toujours que c’est avec les bons joueurs qu’on a le moins de problèmes. C’est avec les moins bons qu’on en a. Ce n’est donc pas une question d’âge mais une question d’envie. Je voyais Martin et Boudebouz aux entraînements, ils avaient envie de s’entraîner. Diouf, Pedretti, Frau, Meriem étaient des joueurs qui aimaient le jeu. Quand les joueurs un peu plus anciens aiment encore s’entraîner, il n’y a aucun problème.
Quel championnat européen vous paraît le plus relevé et pourquoi ? de Cédric
Francis Gillot : Personnellement, j’aime bien le championnat espagnol. Je n’aime pas le championnat italien, je ne le regarde jamais. Je regarde de temps en temps le championnat anglais. Dès qu’il y a un match en Espagne avec Valence, Séville, le Real ou le Barça, je le regarde. Je trouve que ça joue bien. Quand on voit le match de Bilbao avec une équipe bis à Paris, ça joue.