Coupe de la FFFA 1944 - Drôle de Coupe

Un trophée bien singulier pour les Girondins

Mis en place par Vichy dans la pagaille et la contestation, un championnat fédéral est concurrencé par celui des exclus devenus amateurs. Ce dernier est remporté par les Girondins qui gagnent ainsi la coupe de la FFFA aux dépens de Cannes.

Mis en place par Vichy dans la pagaille et la contestation, un championnat fédéral est concurrencé par celui des exclus devenus amateurs. Ce dernier est remporté par les Girondins qui gagnent ainsi la Coupe de la FFFA aux dépens de Cannes.

La deuxième guerre mondiale dure depuis trois ans, la France est occupée, le régime de Vichy au pouvoir. Pourtant, on joue toujours au football. Du moins, on essaie. Les Girondins de Bordeaux ont gagné la Coupe de France en 1941 et ont été les acteurs d’une parodie de finale en 1943, contre Marseille. En suivant, le 15 juin 1943, le colonel Pascot, commissaire général à l’Education et aux Sports, décide de changer les règles.

Finies, les 32 clubs professionnels, place à un championnat de 14 équipes fédérales dans des villes désignées par le Commissariat Général, avec des joueurs nationalisés - les étrangers sont interdits - transformés en moniteurs amateurs rémunérés à la commission. Ils n’ont pas le droit de refuser leur sélection sous peine de radiation. Les dirigeants ne sont plus élus mais nommés, choisis parmi les « tenants de la Révolution Nationale » de Vichy. Les clubs, sans leur section pro, peuvent poursuivre leurs activités en amateurs avec les joueurs qui n’ont pas été retenus… Une aberration totale.

Les Girondins ASP, nom de l’époque, sont engagés d’office donc sous le titre de Bordeaux Guyenne dans ce championnat. Ils ont de la chance, si l’on peut dire, car Lens (le champion de France !), Le Havre, Sochaux, Sète, Nice, clubs historiques, disparaissent de la carte au profit de Clermont ou Grenoble où il n’y a aucun joueur ! Pruvôt, Homar, Nemeur, Ben Arab, Ben Ali, Mateo et Rolland font partie de l’équipe girondine.

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LES GIRONDINS CHEZ LES AMATEURS

Fervent opposant de cette réforme, Bordeaux s’engage également dans le championnat de France amateur au niveau régional. Une sorte de division supérieure, rassemblant les 32 ex-clubs ainsi que les meilleurs des comités régionaux. Ils sont 132 au départ !

Chaque poule compte dix clubs. Nous sommes en temps de guerre, Bordeaux, ville fluviale et portuaire, est en première ligne. De façon chaotique, les Girondins finissent tout de même premiers. Ce qui les attend est tout aussi rocambolesque, avec un tournoi final entre les douze vainqueurs régionaux, dans une formule de coupe jouée sur terrain neutre. A ce petit jeu, ils se hissent jusqu’en finale, comme l’AS Cannes.

Le match, ce 21 mai 1944, est joué à Paris, devant une bonne affluence. Bordeaux est en rouge et aligne l’équipe suivante :

Depoorter, Arnaudeau et Normand, Paternotte, Swiatek et Domergue, Persillon, Planté, Urtizberea, Troisième et Mauvillain.

Le match est enlevé, Bordeaux domine de la tête et des épaules mais sans pouvoir concrétiser. C’est en prolongation qu’il va faire la différence. A la 92e minute, le gardien cannois détourne une frappe de Planté mais Persillon a bien suivi. A trois minutes de la fin, Urtizberea, le taureau basque, ajoute le deuxième but. Cannes réduit le score sur l’engagement mais malgré une fin de match stressante, les Girondins l’emportent. Le capitaine, Henri Arnaudeau, reçoit le trophée Jules Rimet, du nom du fondateur de la Coupe du Monde, et président démissionnaire de la Fédération en 1942, pour protester contre les mesures imposées par le commissariat général. Depuis 1946, le trophée Jules Rimet est celui de la Coupe du Monde.