Coupe de France 1941 - Bordeaux ouvre son palmarès

Le premier titre national de l'histoire du Club

Dans une compétition défigurée par l’Occupation, les Girondins écrivent leur histoire en obtenant leur premier titre national.

La France, occupée, divisée en zones, l’épopée de la Coupe de France 1940/41 est forcément particulière. Loin d’être favoris, les Girondins sauront pourtant imposer leur supériorité à leurs adversaires en remportant trois finales pour décrocher le trophée et inaugurer ainsi leur palmarès.

A l’aube de cette saison 1940/41, le football est loin d’être la priorité dans l’esprit des Français. La défaite est encore dans toutes les mémoires, le pays est envahi, les familles dispersées et meurtries, les privations déjà prégnantes. Malgré l’opposition de nombreux clubs, les instances du football veulent reprendre le jeu.

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Va être mis en place un championnat de guerre, le premier sous l’Occupation. La France est divisée en deux zones ? Qu’à cela ne tienne, le football est organisé en fonction. Zone occupée (l’Ouest jusqu’à la région Parisienne), zone non occupée (en gros sous une diagonale de Toulouse à Saint-Etienne). On ajoute même une troisième région, la zone interdite, pour les clubs du Nord.

Evidemment, il est inconcevable de circuler de l’une à l’autre pour disputer des matches. Cette année-là, il n’y aura pas de champion unique.

BORDEAUX SE FAIT UNE PLACE

Puisqu’il y a championnat, il y a aussi Coupe de France. Anciennement dénommé Girondins Guyenne Sport puis en 1937, Girondins de Bordeaux FC, le club de Bordeaux vient de fusionner avec treize sociétés sportives, dont l’Association Sportive du Port (1941) pour devenir les Girondins ASP. Le foot pro a été supprimé en 1940, chaque club doit alors formuler une demande d’agrément au Commissariat Général aux Sports mis en place par Vichy cette saison. Bordeaux, qui a bénéficié après 1936 de l’afflux de joueurs réfugiés espagnols fuyant la guerre civile, avait acquis le statut professionnel en 1938. L’arrivée de nombreux joueurs français du Nord et de l’Est le renforce encore. La plupart des joueurs sont alors plus ou moins employés par le corps des Sapeurs-Pompiers du Port (d’où la fusion), dont le directeur n’est autre que le président du club, Raymond Brard, ce qui leur évite ainsi le départ au Service du Travail Obligatoire (STO).

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A leur entrée en lice, les Girondins se défont facilement du petit club du Bouscat, puis du CA Paris. Ils se retrouvent déjà en quarts puis en demi-finale où ils battent facilement Rouen (Urtizberea, Arnaudeau, Szego, Pruvost). Les déplacements sont compliqués à organiser, les joueurs pas toujours disponibles. Pour les dirigeants, il faut jongler avec les réquisitions allemandes, puisqu’il faut garder à l’esprit que le Port est un endroit stratégique ! Le gardien Gérard, les Homar, Ben Ali, Pruvost sont sapeurs, parfois requis au Service Incendies, les jours de match, comme le sapeur secrétaire Arnaudeau.

TROIS FINALES ET LA COUPE

Mais le plus remarquable, c’est que Bordeaux, pour remporter son premier titre national, va devoir gagner trois finales avant de soulever cette Coupe de France.

La première est celle de la zone occupée, contre le Red Star. Elle se joue au Parc des Princes, et Charles Rigoulot, médaillé d’or en haltérophilie aux Jeux de 1924, a donné le coup d’envoi. Les Girondins se qualifient grâce aux buts de Claude Pruvost, Ferenc Szego et Henri Arnaudeau. En zone libre, le TFC et ses internationaux a disposé de Saint-Etienne. Le derby de la Garonne est délocalisé à Colombes, le 18 mai 1941. Deux passes décisives de Szego pour Pruvost et Arnaudeau donnent l’avantage aux Girondins. Ce dernier réussit un doublé à la 68e et Bordeaux s’offre enfin le droit de disputer une vraie finale.

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Ce sera face au SC Fives, qui a éliminé le voisin roubaisien. Cette fois, la rencontre a lieu à Saint-Ouen, à 15 heures. Nouveau périple pour les Bordelais. L’homme du match sera Santiago Urtizberea, surnommé le taureau du Gipuzkoa ou El Tanke, de l’autre côté de la Bidassoa. Réfugié à Hendaye, il était arrivé à Bordeaux à 27 ans, repéré par son compatriote et entraîneur Benito Diaz. Bousculé par Fives, les Girondins ASP trouvent la faille après l’heure de jeu par Santi, qui double la mise d’une reprise de volée (84e). Le club au Scapulaire gagne sa troisième finale consécutive et contraint les instances du football à lui décerner la Coupe Charles Simon qui, initialement, ne devait pas être remise.

Leur parcours

16ème de finale - Girondins ASP - Bordeaux Bouscat (3-1)
8ème de finale - Girondins ASP - CA Paris (4-1)
Quarts de finale - Girondins ASP - US Servannaise et Malouine (7-3) (club de Saint-Servan)
Demi-finale (2/03/1941, Parc des Princes) - Girondins ASP - FC Rouen (4-1)

Finale Zone Occupée (13/04/1941, Parc des Princes) - Girondins ASP - Red Star (3-1)
Finale de Zone Non Occupée - Toulouse FC - Saint-Etienne (1-0)
Finale de Zone Interdite - SC Fives - Excelsior Roubaix (3-1)


Finale Zone Occupée / Zone Non Occupée (18/05/1941, Colombes)

Girondins ASP - TFC (3-1).
Ce match faisant office de demi-finale de la Coupe.

Finale Vainqueur / Zone Interdite

Le 25 mai 1941 à Saint-Ouen (15 230 spectateurs)
Girondins ASP - SC Fives : 2-0
Arbitre
: Léon Boes
Buts pour Bordeaux : Santiago Urtizberea (60e, 84e)
Girondins ASP : André Gérard - Michel Homar, Jaime Mancisidor (cap.), Nordine Ben Ali, Joseph Plesiak - Émile Rummelhardt, Ferenc Szego, Emmanuel Lopez, Santiago Urtizberea - Claude Pruvost, Henri Arnaudeau. Entraîneur : Benito Díaz

SC Fives : Tadeusz Juszczyk - Roger Pollet, Robert Gyselinck, André Trenelle, Joseph Jadrzejczak, François Bourbotte (cap.) - Marceau Somerlinck, Albert Tancré, Norbert Van Caeneghem - Marius Dudziak, Édouard Wawrzeniak. Entraîneur : George Berry

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