Christophe Dugarry, l’insolent talent !

La légende tumultueuse

Entre "Duga" et les Girondins, c'est une véritable histoire d'amour. De l'amour vache, de l'amour passionnel mais de l'amour avant tout.

Dès l’enfance, ou la formation, c’est selon, on a su que le « petit » Christophe était doué. Très doué, même. Au détail près que le constat est aussi valable pour beaucoup de gamins repérés, observés et suivis, dans les catégories de jeunes. Mais là, c’était différent. Car oui, il faut s’y faire : ce joueur révélé à l’U.S. Lormont, club de sa ville de résidence, a ce truc en plus ! Cette sensation qui, une fois qu’on l’a vu jouer sur sa véritable valeur, suscite l’attente. Induisant par ailleurs ce supplément d’enthousiasme qui, si la retenue professionnelle ne l’obligeait pas, ferait sortir tout recruteur ou formateur de sa réserve imposée… Ce truc, donc, qui fait vibrer à la hâte tout éducateur qui a l’intime conviction que le diamant brut qu’il a dans son équipe va, un jour ou l’autre, devenir l’un des plus beaux joyaux de la planète foot…

Époque Claude Bez

Frère de David, âgé d’un peu plus d’un an (et très bon footballeur également), Christophe, né en 1972, attaquant capable d’évoluer milieu de terrain, fait se frotter les mains des « scouts » des Girondins de Bordeaux Football Club. Un club prestigieux qui représente sa ville de naissance et le sollicite, l’enrôle, et lui fait quitter la rive droite de la Garonne pour de belles promesses. Et, de fait, de belles aventures. L’époque et l’instant sont propices, puisque le club, ambitieux et dirigé par Claude Bez, est en pleine expansion sportive et économique. À 16 ans, silhouette filiforme et technicité hors pair, il régale les habitués de la plaine des sports du Haillan. Il les agace, aussi, parfois, en raison d’une nonchalance que l’on peut alors attribuer à la croissance… Mais balle au pied, celui que l’on nomme « Dug » ou « Duga », met tout le monde d’accord. Du moins, dans son camp, parce que les adversaires commencent à redouter ce garçon qui les fait tourner en bourrique ! La sélection nationale, elle, se délecte de ses qualités, très rapidement. Cadets, Juniors, Espoirs : le pur produit du cru enchante les Bleuets, avec lesquels le ratio match/but est plus qu’honorable… Et les pros, en parallèle, puisque le petit et grand Christophe (1,88 mètres et 78 kg) joue officiellement avec eux, quasiment un an après son arrivée au club !

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Pour ses contemporains, il n’y a aucune surprise possible. Jean-Yves De Blasiis (né en 1973), milieu de terrain polyvalent au club (de sa formation à 1996) et consultant pour Girondins TV, en 2018, se souvient. « Ah, Duga, quand il est arrivé, c’était un phénomène… parce qu’il était déjà talentueux, comme il l’a de toute façon toujours été ! Physiquement, il était très grand, et avoir cette qualité technique avec sa taille, c’était quand même assez rare… Il avait déjà aussi ce comportement, sur les terrains, de chambreur ! Il n’avait peur de personne et avait une grande gueule, on va dire (expose-t-il dans un sourire affectueux, NDLR), qui lui a parfois coûté d’avoir des problèmes en catégories de jeunes ! Mais il ne s’est jamais échappé, non plus. C’est-à-dire qu’il portait le ballon, il prenait beaucoup de coups, mais il revenait toujours… Et j’ai toujours dit que Duga, c’était une sorte d’individualité dans un collectif. Alors, cela peut être vrai pour tout le monde, mais lui, c’était nettement plus marqué… Ce qui m’impressionnait, c’était qu’il n’avait pas peur de l’autorité, en fait… »

Lancé par Couécou

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Précoce, talentueux, il dévoile à haut niveau son football, fait de dribbles chaloupés et de malice, aux spectateurs de la Division 1. Peut-être que dès le berceau, déjà, il s’entraînait à faire des passements de jambes à ses doudous… Toujours est-il que son aisance surprend le grand public. Et à 17 ans, donc, le prodige foule la pelouse du Stade Municipal, le 6 mai 1989 (35e journée de championnat), pour sa première parmi l’élite hexagonale. Lancé, titulaire, par Didier Couécou, entraîneur intérimaire en charge du groupe professionnel depuis l’éviction d’Aimé Jacquet en février, et sous le contrôle d’Alain Giresse, Directeur technique (et récent retraité), le phénomène affronte l’A.S. Cannes de Jean Fernandez (entraîneur), Zoran Vujović, Jean-François Daniel, Félix Lacuesta, Zlatko Vujović et Antoine Martinez, notamment, ex ou futurs Girondins. À ses côtés, évoluent alors Philippe Sence (gardien de but), Dominique Thomas, Jean-Christophe Thouvenel, Éric Péan, Jean-Amadou Tigana, Enzo Scifo, Bernard Gimenez, Éric Cantona, Yannick Stopyra, Éric Dewilder, Marc Pascal, ainsi qu’un certain Vincent Lizarazu1, avec lequel il sera aligné pour la première fois de sa carrière en pros. Pour l’anecdote, le bizuth n’était pas prévu sur la feuille de match, si l’on se fie au magazine officiel du club Marine et Blanc, distribué aux abonnés de Lescure, et vendu en kiosques, avant la rencontre ; Clive Allen, oui… Mais sur le terrain, c’est un 0-0 qui sanctionne les débats et Marc Pascal qui remplace le nouveau venu, à la 59e minute de jeu… Absent du groupe lors des matches suivants, il le réintègrera pour la der de la saison face à l’A.J.A., à Auxerre (38e journée/1-1), où il remplacera numériquement Thouvenel (61e). Une saison collective2 probablement à oublier pour les Girondins (qui termineront 13e, avec 49 points), mais prometteuse pour Dugarry…

 

Placard, Europe et premier but !

La suivante (1989-1990), mécontent d’un classement peu flatteur et d’une absence de qualification européenne pour les siens, Bez annonce vouloir retrouver « un collectif solide et compétitif », ainsi qu’un « rang » que Bordeaux « n’aurait jamais dû abandonner » ! Conséquence ? Onze recrues de gros calibre arrivent ! Pas facile de se faire un nom au milieu des Klaus Allofs, William Ayache, Patrick Battiston, Joseph-Antoine Bell, Pieter Den Boer, Jean-Luc Dogon, Jean-Philippe Durand, Manfred Kaltz, Frédéric Meyrieu, Stéphane Paille ou Bernard Pardo, quasiment tous internationaux. Bilan des courses ? Une place de dauphin derrière l’Olympique de Marseille de Bernard Tapie, en championnat (2e/51 points, contre 53 pour l’O.M.), et une qualification pour la Coupe de l’UEFA (C3, Europa League, aujourd’hui) ! Dugarry ne participe à aucun match cette saison-là, sous l’ère de Raymond Goethals, et ne figure sur aucune photo officielle d’équipe. Mais cette perspective de coupe européenne va changer le destin du jeune apprenti footballeur…

 

En 1990-1991, certains joueurs – dont des attaquants renommés – sont partis. Mais d’autres, bien évidemment, sont arrivés, ou revenus, au club. C’est le cas d’Arnór Gudjohnsen ou de Wim Kieft (Soulier d’Or 1982, 32 buts inscrits avec l’Ajax d’Amsterdam [A.F.C.A.]), et de Philippe Fargeon, rentré au bercail, après un premier passage entre 1986 et 1988. En sus, Dugarry est toujours en concurrence avec Ferreri et Allofs, auprès desquels il apprend le métier. Positionné sur l’aile gauche la plupart du temps, il va bientôt se révéler. Non avec le coach belge, qui débute la saison, mais avec Gernot Rohr, qui prend les commandes de l’équipe au mois d’août ! Retiré des terrains (depuis mai 1989) et provisoirement en poste, il (re)donne sa chance au garçon, en championnat, qu’il voit éclore sous ses yeux au quotidien. Mieux encore, il lui permet de disputer la Coupe de l’UEFA (puisqu’à l’époque, seul le vainqueur du championnat joue la C1) ! Une aubaine, et c’est le F.C. Glenavon, club d’Irlande du nord, qui est désigné par le tirage au sort, pour les 32e de finale. Le tenant de la coupe nationale va rapidement faire connaissance avec notre homme. L’aller, là-bas, se solde par un match nul (0-0). Duga, encouragé par son coéquipier Didier Deschamps, joue titulaire, mais attend le retour (le 2 octobre 1990, et avec Gérard Gili comme entraîneur), pour marquer son premier but en pro ! À domicile, donc – tout un symbole – et dès la 5e minute ! Ferreri corse l’addition (9e) et scelle un succès (2-0) qui va en appeler bien d’autres. Cette année continentale s’achève en 8e face à l’A.S. Roma, puis à une décevante 10e place en D1, synonyme de profonde tristesse, aussi…

Mais, avec 36 matches (et 4 buts) disputés toutes compétions confondues (T.C.C.), la carrière de la jeune pousse est bel et bien lancée…

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« Mieux que Zidane »

Si bien, qu’à partir de là, 100% des matches européens qu’il jouera avec les Girondins le seront en UEFA (Coupe Intertoto comprise) ! Ce qui signifie que Dugarry ne gagnera pas de titres de champion de D1 avec les siens… Mais avant de penser aux lauriers, il faut sauver le club ! Alors, pas d’une rétrogradation administrative en Division 2, car cela est définitivement acté à l’intersaison 1991, mais bien en termes d’image, de prestige et de crédibilité… Et c’est sur des près pas toujours accueillants que les « guerriers » aquitains s’y attellent ! L’attaquant se montre à son aise, avec à ses côtés une armée de baroudeurs de talent, levée pour ferrailler avec des formations ayant envie de « se faire » le grand Bordeaux et ses internationaux ! Mais avec Gaëtan Huard, Lizarazu, Sénac, Dogon et les autres, puis de nouveau Rohr aux commandes, Alain Afflelou à la présidence, la saison accouche d’une énorme performance : les Marine et Blanc, fidèles, loyaux envers le club, valeureux et ambitieux, relèvent le challenge, pour terminer premiers du Groupe B et champions du deuxième échelon national, en battant l’U.S. Valenciennes-Anzin, vainqueur du Groupe A…

Un triomphe qui sauve ce qui peut encore l’être, et qui ramène Bordeaux là où il devait être. Avec 32 matches et 5 buts (T.C.C.), Dugarry s’affirme et montre qu’il est bien plus qu’un espoir ; il incarne désormais le club et ses valeurs.

Doté d’une technique largement au-dessus de la moyenne, l’escogriffe régale par ses gestes de classe. Il énerve, aussi, toujours, car ses feintes de corps et sa soudaineté d’exécution, en contradiction avec une indolence apparente, déstabilisent ses vis-à-vis. Il est, depuis sa sortie de l’adolescence, même, selon bon nombre de ses coéquipiers et sans ambigüité, le « plus doué de sa génération » ; devant un certain Zinedine Zidane, donc, à l’époque...

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Classe, élégance, efficacité

Lui qui véhicule aussi une certaine idée de la classe et de l’élégance quand, par ses actions, l’efficacité collective s’en ressent, franchit progressivement les paliers. Très bon dans le jeu de tête, excellent centreur, il fait briller les joueurs de pointe. Gagneur, roublard, vicelard – dans le bon sens du terme –, habile devant la cage, il tape dans l’œil d’un sélectionneur national récemment nommé : Aimé Jacquet. Soit un coach qui l’avait vu arriver au Haillan, quelques années plus tôt… Et le 26 mai 1994, l’intéressé honore sa première cap chez les Tricolores. C’est lors de la Kirin Cup, au Japon, face à l’Australie, au cours d’un tournoi amical. Il est titulaire, gagne la partie (0-1), et lance une carrière chez les « A », qui le mènera 55 sélections et 8 buts plus loin…

Caractère bien trempé, le « grand » ne se laisse pas faire et provoque ; il obtient des fautes, mais prend aussi des coups, ce qui, indubitablement, l’énerve. Le gaillard répond, soit par les actes, soit (encore) par la parole, et cumulera au final 58 cartons jaunes et 6 rouges (T.C.C.) ici ; seuls Marc Planus et David Jemmali ont fait « mieux » (61 et 7 chacun)… sauf qu’à leur différence, lui n’est pas défenseur !

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Figurant souvent parmi les meilleurs et plus fins passeurs du championnat, au fil des saisons, et jouant l’Europe chaque année depuis la remontée en D1, il capitalise une expérience qui va de pair avec le talent de ses plus illustres partenaires de club : Lizarazu et Zidane. Ce dernier, arrivé avec Rolland Courbis en 1992-1993, s’entend à merveille avec les deux « anciens ». À tel point que, sur le côté gauche, le triangle de jeu qu’ils forment, devient une référence en championnat, puis sur la scène européenne. Car c’est en UEFA que cette association de bienfaiteurs va faire parler la poudre, notamment lors de la saison 1995-1996. Classés 7e ex aequo avec l’A.S. Monaco lors de l’exercice précédent, les hommes de Slavoljub Muslin, en poste depuis le mois de juillet, disputent la Coupe Intertoto ; soit « l’antichambre » de la C3. Voguant de destinations exotiques en perspectives de qualification pour le tour préliminaire de la Coupe de l’UEFA, ils jouent six matches, dont quatre de poules (trois victoires et un nul), un huitième et un seizième de finale. L’objectif est atteint, et Christophe marque, comme Zinedine, en Irlande, face au Bohemian (Dublin) F.C. (0-2).

 

L’Europe à ses pieds

Après avoir mis hors course le Karlsruher S.C. de Slaven Bilić, Thorsten Fink ou Thomas Hässler (0-2 et 2-2, avec un but de Duga à l’aller), durant le tour préliminaire, les Bordeaux et Bleu enchaînent le F.K. Vardar Skopje, le S.C. Rotor Volgograd, le Real Betis Balompié (Séville), pour se trouver face au Milan A.C. au printemps. Ce club italien, qui est alors quasiment le meilleur du monde, recevra les Aquitains en quart de finale…

Depuis le mois de février, c’est encore Rohr qui officie à la tête sportive de l’équipe ; Muslin a fait les frais d’une mauvaise gestion du championnat. L’homme connaît bien ses poulains, désormais rodés à l’exercice. Il sait les driver, les motiver, et n’a surtout pas peur des Ielpo, Costacurta, Panucci, Maldini, (Franco) Baresi, Desailly, (Roberto) Baggio, Eranio, Vieira, Savićević, (Marco) Simone, Donadoni, Di Canio (au match aller), ni des Weah, Albertini et (Tomas) Locatelli (au retour). Bref, les internationaux titrés, Ballon(s) d’Or et autres stars de Fabio Capello (entraîneur), qui plus est après un premier rendez-vous victorieux en Lombardie (2-0), ne se méfient pas du mauvais coup que vont leur jouer leurs adversaires. Sûrs de leur force, de leur supériorité présumée, les Rossoneri explosent littéralement face à la fougue, au talent et à la détermination orgueilleuse de la bande à « Liza ». Didier Tholot lève un Parc Lescure en ébullition (14e) et Christophe Dugarry le fait doublement chavirer, en seconde période et en six minutes (64e et 70e) : 3-0 ! C’est terminé : le Milan repart penaud, humilié, et Bordeaux se déguste comme un grand cru partout en Europe. Duga est sur le toit du monde et se révèle définitivement à celui-ci…

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Adopté, même par ses détracteurs, le décontracté « gamin du coin », accompagné par les Huard, Dogon, Friis-Hansen, Lucas, Dutuel, Grenet, Witschge, Prunier, Croci, Toyes, Bancarel et consorts, poursuit son bonhomme de chemin. Le S.K. Slavia Prague s’incline deux fois, en demi-finale (1-0), et le numéro 21 claque les filets à l’aller, en République Tchèque, offrant ainsi une option pour la finale. Un évènement que, malheureusement, le « héros de Milan » ne disputera qu’à moitié ; la faute à une dommageable suspension (en raison d’un cumul de cartons jaunes) qui le privera de la première manche3, à Munich. Puisque les siens affrontent l’ogre du F.C. Bayern, menée par coach Franz Beckenbauer, Oliver Khan, Lothar Matthäus, Jürgen Klinsmann ou Jean-Pierre Papin… Zidane la manque aussi, pour les mêmes raisons que son ami, et le sort est jeté dès les quatre-vingt-dix minutes initiales (2-0). Lors de l’acte II, le triangle magique est reconstitué, mais c’est un Bayern agressif, méchant, mais aussi plus fort, qui s’impose (1-3), devant un collectif sur les rotules, meurtri, et un parterre de spectateurs traversé par de multiples sentiments : fierté, colère, regrets et frustration. C’est dur, mais beau, vu le parcours accompli. Les nouvelles vedettes bordelaises sont désormais cotées à l’international et ont la tête ailleurs. Rohr donne leur chance à des jeunes issus du centre de formation, à l’occasion de la dernière journée de championnat, face au LOSC, à Lille (victoire 2-0, mais sans le brillant trio), et Bordeaux ponctue une saison mitigée, qui l’a vu se maintenir in extremis en D1, en arrachant une piètre 16e place au classement (sur 20). Mais l’heure a sonné pour Christophe Dugarry et ses copains, de gouter désormais à autre chose…

 

Départ, retour et titre

La séduction a opéré, l’effectif bordelais est en grande partie renouvelé et Dugarry a fait succomber à son charme le Milan A.C. Zidane, la Juventus Turin F.C., Lizarazu l’Athletic Club Bilbao, quand d’autres compagnons de route choisissent des destinations éparses. Pour le premier cité, l’expérience est belle, mais courte ! Il y a du lourd au poste, en termes de concurrence, et s’il joue bon nombre de matches et qu’il marque quelques buts, le Français ne s’impose pas. Vite gagné par le désir de jouer davantage – et toujours de remporter des trophées – il signe à la hâte chez le F.C. Barcelone (récent lauréat de la Coupe d’Europe des Vainqueur de Coupe/C2, Europa League aujourd’hui), en 1997. Mais la philosophie de jeu du staff technique – qui l’avait convaincu de signer au Barça – trouve vite ses limites auprès du Bordelais qui, repositionné milieu de terrain défensif, étouffe rapidement ! Déçu, lassé, il quitte prématurément la Catalogne et s’engage avec l’Olympique de Marseille, qui l’avait déjà contacté quelques mois auparavant. L’escouade phocéenne est lourdement armée pour la gagne, mais en D1 (1998-1999), c’est derrière Bordeaux que l’O.M. termine ! Pour un point de moins, les Ciel et Blanc nourrissent des amertumes, en dépit d’une belle saison qui les mène en finale de la C3, perdue face au Parme A.C. (3-0). Suspendu, il n’y participera pas.

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L’intermède méditerranéen terminé, Dugarry revient aux Girondins. Se relancer dès le mercato (2000), trouver la rédemption, et écrire de nouvelles belles pages avec son club formateur sont des raisons qui poussent le champion du monde 1998 à repartir au combat. Cheveux longs, dégaine différente, il a des fulgurances sur son côté gauche, mais semble trainer un mal-être sportif apparent. Nonchalant, provocateur, truqueur, affichant un comportement souvent exaspérant, « plongeur de surface », certains, qui le surnomment aussi « Dugazon », ne reconnaissent pas le joueur qu’ils ont adulé. Pourtant, en dépit d’une irrégularité chronique, il est toujours aussi précis dans ses centres, bon dans le domaine aérien, et efficace pour les autres. Mais peu prolifique devant le but : les stats sont en deçà des espérances. Il râle, défend avec parcimonie et se met à dos corps arbitral et public français, qui le siffle autant à Lescure qu’ailleurs, en sus d’une presse nationale qui ne l’épargne pas depuis bien longtemps déjà… Capitaine des Marine et Blanc, rebelle à souhait, le sursaut d’orgueil intervient, pour être en partie réhabilité quand, aux côtés des (Frédéric) Roux, Jemmali, Bonnissel, Roche, Smertin, Dhorasso, Meriem ou Pauleta, il atteint la finale, et soulève en premier la Coupe de la Ligue au Stade de France. C’est face au F.C. Lorient, et la victoire est sans appel : 3-0 ! Il est même passeur décisif pour le Portugais…

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L’Histoire est belle, mais elle se termine un soir de match européen (face au R.S.C. Anderlecht, en 16e de finale retour de C3, en Belgique), en décembre de la même année lorsque, victime d’un décalage intergénérationnel, il est impliqué dans une bagarre dans le vestiaire avec son jeune coéquipier, Eduardo Costa (dix ans d’écart). Malgré ses trois ans de contrat restants, il part séance tenante et atterrit au Birmingham City F.C., où il est quasi le meilleur joueur de sa formation en Premier League, entre 2002 et 2004. S’en suit une pige au Qatar S.C. (2004-2005), avant de mettre un terme à sa carrière en février 2005. Depuis, il est devenu consultant pour la télévision française et animateur radio, où son franc-parler, la pertinence de ses propos et son expertise sont salués par la critique et les observateurs. Même si, de temps en temps, son caractère généreux, sa franchise et sa spontanéité lui font commettre quelques erreurs d’appréciation…

 

« Tête à claques » (comme ils disaient) pour les uns, génie ou virtuose incompris pour les autres – ce qui n’est pas incompatible –, Christophe Dugarry n’a jamais laissé indifférent ; ni à Bordeaux, ni ailleurs. Avec les Girondins, il a disputé 324 matches et inscrit 63 buts (dont 4 doublés) toutes compétitions confondues, et grandement contribué à redonner ses plus belles lettres de noblesse au club. Son immense talent – incompris –, ainsi que des conjonctions défavorables, quelques dérapages verbaux et un caractère bien (trop) trempé, ne lui ont pas toujours favorisé une trajectoire de carrière à la base prometteuse. Mais s’il s’en défend parfois en façade, Duga aime les Girondins de Bordeaux. Ce qui tombe bien parce qu’ici, au fond, on l’aime bien aussi…   

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  1. Vincent Lizarazu n’est autre que Bixente Lizarazu, dont le prénom changera à l’état civil quelques années plus tard. « Liza », lui, a officiellement débuté avec les professionnels bordelais le 12 novembre 1988, face au S.M. Caennais, en Normandie (défaite 3-0/19e journée de D1). Soit près de six mois avant son copain, Christophe Dugarry.

 

  1. Dans le groupe bordelais en 1988-1989, figurent aussi Didier Sénac, Alain Roche, Gernot Rohr, Jesper Olsen, Jean-Marc Ferreri, Bernard Genghini, Clive Allen, Jean-Luc Gautier et Jérôme Gnako.

 

  1. En 1995-1996, la finale de la Coupe UEFA (aujourd’hui Europa League) se dispute encore en format aller-retour. La C3 est la seule des trois compétitions (au contraire de la Ligue des Champions et de la Coupe des Vainqueurs de Coupe/C2) à proposer cette formule. C’est à partir de la saison 1996-1997 qu’elle se disputera sous la forme d’un match unique, et sur terrain neutre.  

 

Son palmarès aux Girondins et avec l'Equipe de France

 Champion de France de Division 2 en 1992
 Vainqueur de la Coupe de la Ligue en 2002
 Vainqueur de la Coupe Intertoto en 1995
 Finaliste de la Coupe UEFA en 1996
 
 Vainqueur de la Coupe du Monde 1998
 Vainqueur de l'Euro 2000
 Vainqueur de la Coupe des Confédérations 2001
 55 sélections, 8 buts

 

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