Champion de France 1984 - La consécration, 34 ans plus tard

Les Girondins décrochent le titre après une lutte dantesque avec Monaco

Après trois podiums consécutifs, Bordeaux retrouve le sommet du championnat de France. Un titre qui en appellera d’autres.

Effacer trente-quatre ans de disette est déjà un exploit en soi. Mais cette équipe 1983/84 a ouvert avec ce titre de champion de France la période la plus faste de l’histoire des Girondins. Cette saison reste dans les mémoires parce qu’elle marque le début de la suprématie du club au Scapulaire sur le football français durant cette décennie. Mais également parce que Bordeaux est sacré au terme d’un duel acharné avec Monaco, à la différence de buts.

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« On a terminé seconds, on va essayer de terminer premiers cette année. Ça dépend de nous mais ça dépend aussi des autres. Notre concurrent numéro un ? Nantes et aussi Paris. Monaco ? (Catégorique) Non ». Pour le président Claude Bez, qui a affiché ses ambitions dès son arrivée, 1984 doit être l’année du club. Marre d’être l’éternel second, cinq fois finaliste de la Coupe de France, cinq fois deuxième du championnat. Avec Aimé Jacquet, il a peu à peu bâti un effectif riche qui a déjà impressionné les concurrents. Les renforts de trois joueurs dont Patrick Battiston et Thierry Tusseau, un budget colossal incluant la première masse salariale de France, un groupe à la fois jeune et expérimenté, complet, font des Girondins le grand favori pour mettre fin à l’hégémonie nantaise.

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Si Bez a souvent été qualifié de visionnaire, il ne l’a donc pas été en ce qui concerne son principal adversaire. Installé sur le podium dès la neuvième journée, son club a traîné l’équipe de la Principauté comme un sparadrap collé sur son doigt jusqu’à la fin. Premier, deuxième, à toi à moi, les deux formations se sont disputé le leadership, allant pousser le vice jusqu’à faire durer l’incertitude pendant le dernier match de la 38ème journée. Pendant cinq minutes en effet, les Monégasques ayant ouvert le score à Nantes, Bordeaux va perdre le titre qui lui tend les bras depuis la… journée précédente. Un coup franc direct de Bernard Lacombe suivi d’une reprise taclée de Dieter Müller ont offert aux coéquipiers d’Alain Giresse, absent depuis mi-avril, le trophée tant attendu.

AUCUN DROIT À L’ERREUR

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La veille de cette dernière journée, les deux clubs étaient à égalité de points. 52 unités. En allant faire match nul à Toulouse, Monaco avait cédé une première fois. Largement devant au goal average, Bordeaux avait désormais son destin en main, à condition de faire le job. Depuis Noël, il avait occupé la première place, comptant même jusqu’à quatre points d’avance. Mais trois matches nuls à domicile et une défaite à Lens en mars avaient réduit cet avantage à un petit point (31ème journée). Dans ce duel, aucune des deux équipes n’a eu le droit à l’erreur. Chaque performance moyenne se paie cash. Le carton à domicile face à Saint-Etienne, 7-0, marqué par les récitals de Caspar Memering (1 but, trois passes décisives) et de Giresse (1 but, deux passes décisives) ne suffisent pas. Le sommet du championnat, lors de la journée suivante, entre les deux cadors, tient la Division 1 en haleine.

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A l’aller, Monaco est venu s’imposer 2-0 au stade Lescure. Un affront. A Louis II, rien ne se passe comme prévu. Les hommes de Lucien Müller rentrent mieux dans le match et mènent rapidement 2-0. Michel Audrain réduit le score mais les Girondins s’inclinent 2-1. Pire, ils cèdent leur première place, à quatre matches de la fin ! Les choses se compliquent mais Bordeaux enchaîne avec une victoire sur Paris et surtout, un gros match à Auxerre, le troisième (36ème journée). Dans l’Yonne, ils s’imposent 4-1 (buts de Girard, Lacombe, Thouvenel et Müller). Si cette raclée ne leur permet pas de reprendre la tête, elle place une grosse pression sur les épaules des Monégasques. Le partage des points au TFC leur sera fatal.

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Bordeaux a basculé dans le camp des grandes équipes. De celles qui savent gagner. En laissant enfin l’étiquette de l’éternel second à d’autres, les Girondins ont d’une part fait cesser la malédiction, de l’autre, ouvert la voie. La fête sera immense dans la ville, suivie d’une réception en grande pompe à la Mairie. Il y en aura d’autres, même s’ils ne le savent pas encore.