Champion de France 1950 - Bordeaux crée la sensation

Le premier titre à la surprise générale

Promus la même année, les Girondins de Bordeaux remportent le titre de champion à la surprise générale. Du jamais vu.

Une ossature solide, une attaque de feu, les Girondins ont renversé tous les pronostics en devenant Champion de France lors de la saison 1949/50, alors qu’ils étaient de modestes promus. Un titre qu’ils doivent également à une deuxième partie de saison incroyable, qu’ils terminent invaincus avec huit victoires consécutives.

A quoi tient une saison ? Le premier match est souvent un indicateur, entend-on parfois. Ce 28 août 1949, Bordeaux ouvre le championnat de D1… à Marseille. La rivalité entre les deux clubs n’existe pas encore, mais les coéquipiers de René Gallice s’inclinent lourdement. 3-0. On peut rêver mieux comme entame… Les Girondins sont 18èmes et lanterne rouge. La place d’un promu ? Ont-ils le niveau, eux qui se sont battus jusqu’à la dernière journée pour décrocher leur sésame pour la D1, ex-æquo au classement avec Lens et premiers grâce à une formidable attaque ?

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Un homme en est convaincu. Revenu aux affaires en 1948, après une première expérience d’une saison en 1943/44, André Gérard est un jeune entraîneur de 38 ans qui a le Scapulaire dans le cœur. Il a été de l’aventure au club dès 1937, date de l’entrée dans le monde pro. Ce gardien de but a joué 41 matches sous les couleurs bordelaises, remporté le premier titre avec la Coupe de France en 1941. Après avoir raccroché les gants fin 1943, il a dépanné immédiatement en prenant l’équipe en main. Surtout, il a été à l’origine de l’extraordinaire aventure de la montée, la saison précédente.

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En France, pourtant, en cet été 49, on ne calcule pas vraiment les Bordelais. Ils sont promus, pourquoi se méfier d’eux ? Les favoris, avec leurs joueurs internationaux, sont Toulouse, Lille, Reims. Les premières journées auraient cependant dû alerter les observateurs. Sept buts passés à Montpellier, cinq à Nancy, même tarif pour Saint-Etienne, six à Strasbourg, quatre au RC Paris, cinq à Lens… Bordeaux ne fait pas dans la demi-mesure. On se souvient alors que le promu a explosé toutes les stats la saison passée, terminant meilleure attaque avec 107 buts (et une D2 A dix-neuf clubs !)

UNE FOLLE SÉRIE

La défaite à Nice, le 18 décembre (3-2), est-elle le signe de l’essoufflement d’une équipe qui a cravaché pour remonter dans le peloton de tête ? Pas du tout. La réponse est stupéfiante. Le promu réalisait un bon parcours ? Il va se surpasser. Le match perdu sur la Côte d’Azur sera le dernier de la saison ! En effet, pour clore l’année 1949, les Girondins s’imposent contre Sochaux. Troisièmes, ils sont à cinq points du leader Lille, à trois de Toulouse. Rien n’est joué, avec la victoire à deux points.

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Mais le football réserve toujours des surprises. Cette fois, ils ne s’arrêteront plus. La deuxième partie du championnat est marquée du sceau de leur suprématie. Nuls ou victoires, ils ne perdront plus jamais. Après un match nul à Strasbourg lors de la 25e journée, Bordeaux enchaîne une série magistrale de huit victoires consécutives ! A la veille du dernier match, à Sochaux, les joueurs d’André Gérard sont bien installés à la première place. Le partage des points qui conclut la 34e et dernière journée de championnat concrétise simplement la domination des Bordelais, qui n’ont pas perdu une seule fois en 1950.

Avec six points d’avance sur Lille, ils remportent, douze ans après avoir fait leurs débuts dans le professionnalisme, leur premier titre de champion de France. Un titre glané sans contestation possible grâce à leur solidité en déplacement. Au Parc Lescure, ils ne se sont inclinés qu’une fois, comme leur rival, dont ils partagent d’ailleurs les mêmes stats (14V, 2N, 1D). Mais à l’extérieur, les Lillois sont largués ! Sept victoires contre six pour les Nordistes, mais surtout 7 nuls (contre 3) et 3 défaites contre 8.

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GÉNÉRATION DORÉE

Leur attaque a aussi fait la différence. Les Girondins ont survolé les débats, avec 88 buts inscrits en 34 journées. Camille Libar (41 buts la saison passée), Berthus de Harder, René Persillon, Mustapha M’Barek, Edouard Kargulewitz dit Kargu empilent les buts et les passes décisives. L’ailier gauche international hollandais De Harder, surnommé le Divin Chauve, va marquer le club et le championnat de son empreinte (22 buts).  Il va vite, dribble comme il respire, marque et offre des caviars. Portés par cet attaquant magique, les Girondins iront au bout. Mais une attaque de feu ne fait pas tout. L’équipe d’André Gérard est complète, André Doye, René Gallice, Jean Swiatek, Manuel Garriga forment une ossature solide qui vont permettre à Bordeaux de consolider sa place en première division.