Dans cette première partie du Gros Plan d’Alou Diarra, le milieu défensif bordelais relate son parcours depuis ses débuts professionnels. La sentinelle du milieu de terrain a la particularité d’avoir déjà côtoyé huit clubs en une décennie à l’âge de 27 ans et connu de très grands clubs au début de sa carrière (Bayern Munich et Liverpool). Le numéro 4 du club au scapulaire nous raconte à cœur ouvert les différentes expériences dans les clubs où il est passé. Bien évidemment, Alou s’attardera sur son passage court mais marquant chez le champion de France lyonnais. L’International français regrette qu’à aucun moment, l’entraîneur lyonnais moment lui laissé sa chance de s’exprimer. Il conclura par son arrivée à Bordeaux et son ressenti envers le club. Retrouvez l’intégralité des propos de l’intéressé sur le sujet dans cette interview nommée « huit clubs en une décennie »…
girondins.com : A 27 ans, tu as déjà connu huit clubs dans ta carrière, comment l’expliques-tu ?
Alou Diarra : J’ai très rapidement connu des grands clubs en étant jeune comme le Bayern Munich et Liverpool. Il y avait énormément de concurrence avec de nombreux joueurs de talent et d’expérience. C’était un moment de ma carrière où j’avais besoin de jouer pour progresser, accumuler les rencontres pour engranger de la maturité et de l’expérience. Par conséquent, j’ai décidé de me faire prêter successivement dans deux clubs français pour m’aguerrir (Le Havre/Bastia). C’est principalement la raison pour laquelle j’ai évolué dans plusieurs clubs différents.
girondins.com : Tu as la particularité d’avoir côtoyé deux grands clubs européens au début de ta carrière. Quels souvenirs gardes-tu de ton passage à Liverpool, mais surtout au Bayern de Munich où tu as passé deux ans ?
Alou Diarra : Quand j’ai lancé ma carrière avec Louhans-Cuiseaux, j’ai eu l’opportunité de découvrir un grand club européen. Le Bayern Munich m’avait proposé un contrat qui est toujours difficile de refuser. Je suis parti là-bas avec l’ambition de progresser en côtoyant de grands footballeurs pour mûrir. Lorsque que je suis arrivé, c’était un autre monde, un environnement différent, avec des infrastructures impressionnantes. Après deux ans au sein de l’équipe munichoise, je suis allé à Liverpool pour découvrir le championnat anglais avec un entraîneur français dans le but de faire le grand saut. J’ai vu assez rapidement, qu’il y avait beaucoup de joueurs, une quarantaine sous contrat. Il n’y avait pas tellement la place en tout cas à ce moment-là pour les jeunes joueurs. A mon âge, j’en faisais partie. Au lieu de jouer avec la réserve du club comme j’ai pu le faire au Bayern, je me suis fait prêter pour avoir du temps de jeu en professionnel. C’est un choix de carrière. Il y a une réelle progression dans mon parcours, ce n’est pas un hasard. J’ai commencé par jouer au Havre qui se battait pour le maintien en Ligue 1. L’année suivante, j’ai atterri à Bastia, également en prêt, dans une équipe un peu plus huppée qui jouait le milieu de tableau. Ensuite, j’ai connu Lens pour jouer les premiers rôles en championnat.
girondins.com : Nourris-tu des regrets de ne pas avoir vécu une saison au sein des Reds, puisque tu as été prêté au Havre puis à Bastia ?
Alou Diarra : En voyant la concurrence qui existait je n’aurais pu faire que très peu de matches. Je venais du Bayern de Munich où j’avais joué la majorité de mon temps en équipe réserve ainsi que quelques rencontres en Coupe d’Allemagne. Je voulais vraiment découvrir le grand bain. C’est un choix que je n’ai jamais regretté. Les deux années de prêt m’ont permis de m’exprimer et de me faire connaître en France. Grâce à mes prestations, j’ai eu la chance d’intégrer l’équipe de France Espoirs tout en ayant une progression en douceur.
girondins.com : Est-ce à Lens que ta carrière au plus haut niveau s’est véritablement lancée ?
Alou Diarra : Je pense. A Lens, l’équipe avait comme objectif de jouer les premières places du championnat de France. Le club était beaucoup plus médiatisé et mes performances étaient visibles par tout le monde. L’entraîneur qui m’a recruté à l’époque, avait regardé mes prestations plus jeune et m’a fait venir dans le Nord. Je suis devenu international en Equipe de France en étant à Lens. C’est une grosse satisfaction.

girondins.com : Ta destinée aurait-elle été différente, selon toi, si tu n’avait pas été prêté ?
Alou Diarra : Aujourd’hui, je ne peux pas le savoir. J’aurais peut-être fait mon trou dans les gros clubs à force de travail et d’envie. Je sentais qu’ils comptaient sur moi, hélas pas sur le court terme. J’avais la chance de pouvoir montrer ce que je savais faire en équipe réserve mais pas en première. J’ai préféré avoir du temps de jeu avec un club de Ligue 1 dans mon pays. C’est un choix légitime. A un moment donné, je n’avais plus grand chose à apprendre en réserve, je voulais tout simplement grandir. Pour cela, il fallait jouer.
girondins.com : Ton passage à Lyon est-il une déception ? Comment expliques-tu aujourd’hui que tu n’es pas réussi à t’imposer chez le champion de France ?
Alou Diarra : Je n’ai pas réussi à m’imposer à Lyon, car je ne devais pas m’imposer. Il n’y avait pas de place pour moi, c’est tout. L’entraîneur de l’époque (Gérard Houiller, NDLR) ne m’a pas laissé l’opportunité de m’imposer au sein du club. Je suis arrivé à Lyon dans des conditions un peu particulières. C’était après la Coupe du Monde 2006, j’étais en instance de départ, sans préparation. De plus, l’entraîneur avait déjà son équipe type en tête sans vouloir la modifier. Je représentais un second choix, quelque soit ma prestations lors des entraînements. J’étais cantonné à jouer les rencontres moins prestigieuses et regarder les grandes affiches. En tant que compétiteur, quand vous savez d’avance qu’on ne vous fait pas confiance, c’est dur d’être serein. Ma venue était un choix des dirigeants et non de l’entraîneur. Malheureusement pour moi, c’est une année où j’ai très peu joué.
girondins.com : Au final, c’était plus un problème de relation que de talent …
Alou Diarra : J’ai réalisé quelques matches qui était très bon. J’ai prouvé que j’étais capable de jouer à Lyon. Hélas, l’entraîneur ne m’a pas laissé la chance de beaucoup m’exprimer. Quand on connaît déjà à l’avance son calendrier, le match que nous allons jouer, les semaines sont dures à vivre.
Je ne faisais pas partie des plans. C’est fort regrettable car je m’entendais très bien avec mes collègues et les gens du club. Lyon est un grand club que je respecte. Maintenant, je n’ai pas réussi à m’imposer car je ne devais pas et ne pouvais pas. Un entraîneur sait de quoi vous êtes capable, essaye de mettre le joueur dans les meilleures conditions pour s’exprimer. A Lyon, cela n’a pas été le cas pour moi. J’ai trop peu joué pour me mettre en évidence.
girondins.com : Cet épisode représente t-il le point noir de ta carrière pour l’instant ?
Alou Diarra : Non, pas un point noir mais une grande frustration. Je revenais de la Coupe du Monde avec la France en Allemagne lors d’une aventure fantastique, avec des souvenirs magnifiques plein la tête. J’ai même participé à une partie de la finale. Je voulais poursuivre sur ma lancée après une belle saison à Lens. A Lyon, mon arrivée était bien pour certains, moins pour d’autres. Les avis étaient partagés. Les conséquences sont souvent au détriment du joueur, car il joue moins. En dehors du club, beaucoup de personnes se posaient des questions, pourquoi Diarra ne joue pas ? A-t-il le niveau pour évoluer à Lyon ? A Lyon, que je joue ou non, nous gagnions en permanence. Lorsque je jouais dans l’équipe, nous l’emportions et pareil lorsque je n’étais pas sur le terrain. Le groupe était très compétitif, nous avions remporté le championnat avec plus de 10 points d’avance. Lyon était au-dessus. Les gens n’ont pas pu me juger sur ma vrai valeur durant mon passage dans cette équipe. L’entraîneur avait son idée, je ne la critique pas. Chaque coach a sa manière d’appréhender les choses avec une vision différente. La preuve, ses choix lui ont été favorables avec le titre de champion de France. J’ai l’intime conviction que je n’ai même pas montré la moitié de ce que je savais faire. J’avais rejoint Lyon avec pleins d’ambitions, mais j’ai dû écourter mon aventure pour repartir du bon pied dans un club qui me voulait. Pour toutes ses raisons, je suis arrivé aux Girondins de Bordeaux.
girondins.com : Quelles différences notables constates-tu entre Lens, Lyon et Bordeaux ?
Alou Diarra : Au niveau des objectifs à Lyon, le discours de début de saison est de tout gagner. Jouer sur tous les tableaux pour tout empocher. A Lens, le discours était différent. La chose primordiale pour le club était de retrouver l’UEFA Champions League. Je dirais que Bordeaux se situe entre les deux. Ici, l’ambiance y est familiale, très agréable. Je suis content car aujourd’hui les dirigeants mettent la pression pour avoir encore plus d’ambition à long terme. Bordeaux est un club où nous pouvons se projeter dans le futur avec l’envie d’être compétitif et de se qualifier en permanence pour l’UEFA Champions League. Ce sont des objectifs très stimulants et motivants pour un joueur. Au fil des années, les objectifs s’élèvent dans la continuité des résultats.