Longtemps réduit à la portion congrue par la concurrence du rugby et du XIII, le ballon rond trouve enfin sa place sur les bords de la Garonne; la Coupe du Monde 1938 allait lui donner l'élan nécessaire pour conquérir le coeur du public.
Du 14 au 18 Juin 1938, la France va vivre au rythme du football, et la grande fête passe par Bordeaux. A cette occasion, la ville s'est dotée d'un stade vélodrome flambant neuf, à l'architecture révolutionnaire, d'une capacité de 30000 places dont 14000 assises et couvertes. C'est le premier stade au monde où les piliers de soutien de la toiture ont été supprimés, offrant ainsi une visibilité parfaite depuis toutes les places. Le Stade Municipal de Bordeaux est inauguré le 12 juin 1938 par la Coupe du Monde.
Les Girondins foulent, pour la première fois, son gazon contre Strasbourg en amical.
Le public bordelais va être spécialement gâté lors de cette Coupe du Monde, puisque les artistes brésiliens jouent 3 matches à Bordeaux : leurs deux quarts de finale contre la Tchécoslovaquie, et le match de classement contre la Suède. Léonidas enchante les foules, marque 4 buts pendant ces 3 matches et termine meilleur buteur de l'épreuve avec 8 buts. Le football sort grandi de ce bel été, la route est ouverte...
Il y a néanmoins peu de points communs entre le festival brésilien et le championnat de seconde division 1938-1939 ! Les Girondins finissent 11èmes d'une D2 fantaisiste à 23 clubs, dont 2 abandonnent en cours de saison, et où les deux leaders creusent un écart de 15 points avec le troisième !
Ce résultat ne satisfait guère l'entraîneur bordelais, Benito Diaz, en place depuis plusieurs années. Il faut dire que les Girondins ont beaucoup recruté, il faut le temps que la sauce prenne. Pour consolider l'ossature formée par le grand gardien André Gérard, le défenseur Mancisdior et le bouillonnant attaquant Urtizberea, le club a recruté en Afrique du Nord (Ben Arab, Laid, Ben Ali, Pignol), chez les rivaux bordelais du F.C. et du Deportivo (Busto, Fleurian), en Espagne (Arana, Soladredo, Rebibo), et a chipé à l'O.M. son jeune et talentueux demi centre René Gallice, qui fondera une vraie dynastie à Bordeaux.
A l'été 1939, la montée est l'objectif affiché. L'effectif s'est encore enrichi d'une dizaine de joueurs, dont deux réfugiés espagnols de grand talent, Salvador Artigas et Francisco Mateo. Tout est prêt : la guerre va tout briser.
Mais déjà l’horizon international s’obscurcit. La guerre va ensanglanter le monde. Le football traversera avec difficultés les turbulences. Toujours cahin-caha. Parfois cahin-KO.
Le 1er Septembre 1939, les troupes allemandes envahissent la Pologne. La mobilisation générale est déclarée en France, toutes les compétitions sont suspendues. Deux jours plus tard, la France et l'Angleterre déclarent la guerre au Reich. Les meilleurs éléments des Girondins, Gallice en tête, sont incorporés.
Mais rien ne se passe sur le front occidental, c'est l'interminable "drôle de guerre". En catastrophe, les responsables fédéraux organisent un championnat en 3 zones : Nord, Sud-Est et Sud-Ouest. Rouen gagne au Nord, Nice au Sud-Est, et les Girondins au Sud-Ouest. Après quelques péripéties rocambolesques, on s'apprête à jouer la finale du championnat entre Rouen et Bordeaux, lorsque les armées allemandes se manifestent.
Le 10 Mai 1940, les aérodromes français sont bombardés, le 22 Juin c'est l'armistice. La France est occupée, coupée en deux, et Bordeaux fait partie de la zone occupée.
Entre les prisonniers et les soldats ayant pu se réfugier en Afrique du Nord, difficile de constituer une équipe ! Dans ce but, les Girondins fusionnent avec l'Association Sportive du Port (A.S.P.). Les joueurs sont engagés chez les pompiers portuaires, ce qui leur évite le S.T.O.