En 1941, la France n’est pas encore exsangue. Elle le deviendra. Elle a été découpé en trois zones : libre, occupée, interdite. La zone libre qui le restera jusqu’en novembre 1942, correspond à un très grand Sud-Est allant des Alpes du Nord puis de Vichy, pour plonger jusqu’aux Pyrénées en passant par Langon et Orthez. Elle comprend 49 départements. Le reste de la France est occupé, avec tout au Nord, une zone interdite. Les Français vont bientôt crier famine. Tout est rationné. Pas de tickets. Pas de pain, pas de viande, pas de légumes, pas de vêtements. C’est l’époque des ersatz. De l’huile qui n’en est pas. Du fromage au pourcentage de matières grasses plus apte à faire le plaisir d’un plâtrier, que celui d’un fin gourmet.
Le football continue. Comme il le peut. La saison 39/40 n’a pu s’achever. La suivante démarre à l’automne 1940. la France du football est aussi scindée en trois. Les Girondins, qui depuis le 15 octobre 1940, ont fusionné avec l’A.S du Port, participent à un mini-championnat regroupant sept équipes. Le président de leur section football est Henri Darchand. Le secrétaire est Raymond Brard, le patron des pompiers du port. La plupart des footballeurs bordelais manieront la lance d’incendie afin d’éviter de partir travailler en Allemagne. A la fin de la saison, les Bordelais inaugureront leur nouveau siège. Il le restera jusqu’en 1970. il est situé au 55 cours Georges Clémenceau à Bordeaux.
Bordeaux terminera troisième du championnat de sa zone. Il gagnera la Coupe de France, sa première, après avoir établi un record, qui tient toujours, puisqu’il dut disputer…trois finales, face a trois adversaires différents ! Pour arriver au sacre le 25 mai 1941 contre Fives à Saint-Ouen, Bordeaux va éliminer tour à tour, Cognac, le F.C. de Bordeaux, le C.A.P. Saint-Sevran, Rouen, avant d’aborder la phase des finales.
Le 13 avril, les Girondins disputent au Parc des Princes, la finale de la zone occupée, sans Paco Mateo, l’artiste, sérieusement touché à la colonne vertébrale le 26 décembre 1940 à la suite d’un accident de travail.
L’équipe de Bordeaux était la suivante : Gérard – Homar,Mancisidor, Benali, Pleziak, Rummelhardt – Szego, Boumezrag - Urtizberrea, Prunot, Arnaudeau. Le Red-Star, leur adversaire, qui compte dans ses rangs des joueurs de grande réputation comme Darrui, Herrera, Aston et Simoni est favori.
Bordeaux gagne (3-1) après avoir failli être battu par forfait. Les Girondins ont été, ce jour-là, à deux doigts d’arriver au stade en retard !
« Nous nous sommes rendus de notre hôtel au parc en métro. Sur le quai, les rames débordantes de futurs spectateurs, nous passaient sous le nez. Impossible de monter. L’heure tournait. Enfin, en poussant à la manière japonaise, nous sommes parvenus à nous enfoncer dans des compartiments différents. » se souvient André Gérard.
Le 18 mai, les Girondins rencontrent, à Colombe, le Toulouse F.C. victorieux de la zone libre. Avec Lopez, sans Boumezrag. Ils ne sont pas favoris. Ils vont gagner.
Encore, toujours sur cette marque de 3-1. Pourtant Toulouse compte dans ses rangs des étoiles internationales comme Marek, Dupuis, Bastien, Diagne, Keller, et Zatelli qui entraîna, ensuite, Marseille.
Claude Pruvot et Henri Arnaudeau par deux fois, sont passés par là, Dolly marquant le but toulousain.
Il reste encore à Bordeaux à affronter Fives. Un club de la banlieue lilloise. Il représente la zone interdite. Le match se déroule le 25 mai a Saint-Ouen. Bordeaux est favori. Il gagnera (2-0) grâce à deux buts d’Urtizberrea. Dans les rangs de Fives, un joueur ne sait pas encore qu’il va entrer dans l’histoire.
Il s’appelle Marceau Dommerlinck. Il a perdu sa première finale. Il gagnera les cinq suivantes auxquelles il participera avec Lille (1946,47, 48, 53, et 55).
Bordeaux vient d’enlever sa première finale. Il perdra les six suivantes (1943, 52, 55, 64, 68 et 69) avant de retrouver le sourire en 1986 et 87. Comme quoi, il ne faut surtout, jamais désespérer… !